Dans le cadre du projet de loi Macron, discuté en seconde lecture à l’Assemblée nationale, les députés ont finalement modifié la loi Evin en maintenant l’amendement du sénateur Gérard César (Les Républicains, ex-UMP) visant à distinguer publicité et information en matière d’alcool. Malgré l’avis défavorable du gouvernement et de l’Élysée (voir Lmdt des 8 et 9 juin).
Coup de chaud et refroidissement … Le sort de l’amendement assouplissant la publicité sur l’alcool – qui a suscité de vives protestations de Marisol Touraine (voir Lmdt du 8 juin) -, serait scellé. Selon plusieurs sources, la commission spéciale de l’Assemblée nationale votera bien, demain, la suppression de l’amendement.
Libération revient sur le silence du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, quant à l’avenir de la disposition portée par son projet de loi, adoptée en mai par le Sénat malgré l’avis du Gouvernement et passée jusque là inaperçue … « Il attend l’arbitrage de l’Elysée pour s’exprimer », a justifié son entourage, entretenant malgré lui un suspens douteux.
Ce n’est qu’en fin de journée que Macron aurait obtenu la décision de l’Élysée pour que la remise en cause (relativement symbolique) du volet alcool de la loi Evin ne survive pas au retour devant l’Assemblée nationale. À suivre.
En tout cas, cela montre que sur ce type de sujet, tout le monde a les nerfs à vif…
La Haute Autorité de Santé a publié, ce jeudi 8 janvier, un « outil simple et rapide » afin d’aider les médecins à repérer les personnes ayant une consommation à risques de trois « substances psychoactives » que sont l’alcool, le tabac et le cannabis.
« L’outil d’aide au repérage précoce » se présente sous forme d’une brochure avec plusieurs étapes: d’abord un questionnaire pour évaluer le risque encouru, puis une sensibilisation rapide pour inciter le patient à réduire ou arrêter de consommer. « Une minute peut suffire » pour évaluer la consommation et « cinq minutes permettent de sensibiliser et de demander au patient s’il envisage de réduire sa consommation », explique la HAS.
Sur l’alcool, la HAS rappelle qu’il est à proscrire durant toute la grossesse et sensibilise aussi sur le phénomène de « binge drinking » qui touche particulièrement les jeunes.
En 2050, selon l’INSEE, un Français sur trois aura plus de 60 ans … Un changement de donne en matière de prévention auquel l’Institut national de Prévention et d’Éducation pour la Santé (Inpes) vient de consacrer un travail d’analyse, publié en octobre : une photographie des différents comportements de santé des 55-85 ans à travers les données du Baromètre Santé Inpes 2010. A retenir : des pratiques addictives moins fréquentes, surtout pour le tabac.
• Plus de la moitié des personnes âgées de 55 à 85 ans estiment avoir des craintes vis-à-vis de certaines maladies, comme Alzheimer (53 %) et le cancer en général (56%). A l’inverse, ils ne sont que très peu à craindre les maladies directement liées au tabac (18 %) ou à l’alcool (11 %).
• Selon les données du Baromètre, les plus de 55 ans sont ceux qui fument le moins, avec seulement 13 % de fumeurs quotidiens, contre 41 % parmi les 15-54 ans.
. Chez les hommes, le nombre de fumeurs passe de 23 % (entre 55 et 64 ans) à 13 % (entre 65 et 74 ans), puis à 6 % (entre 75 et 85 ans).
. Chez les femmes, le pourcentage passe de 18 % (entre 55 et 64 ans) à 7 % (entre 65 et 74 ans), puis à 4 % au delà de 75 ans.
• Contrairement à la consommation de tabac, l’avancée en âge est synonyme d’une augmentation de la consommation quotidienne d’alcool, même s’il s’agit très majoritairement de doses raisonnables. Ce sont les hommes qui sont particulièrement concernés : 31 % (parmi les 55-64 ans), 43 % (parmi les 65-74 ans) et jusqu’à 53,5 % (parmi les 75-85 ans). Dans des proportions moindres, les femmes sont 11 % (entre 55 et 64 ans), 16 % (entre 65 et 74 ans) et 22 % (après 75 ans) à accroître leur consommation quotidienne. Le vin restant la boisson privilégiée.
Dans son interview accordée au quotidien 20 minutes – où elle évoque la prison pour les industriels du tabac (voir Lmdt des 29 et 30 octobre) – la députée PS Michèle Delaunay a dû répondre à une question évoquant l’éventualité d’appliquer à l’alcool, aux produits sucrés ou gras le même « traitement » fiscal et prohibitif que le tabac. Réponse :
« Je suis tout à fait d’accord. Mais il faut bien commencer par quelque chose. Je pointe mon doigt sur le plus gros tueur.
« Je ne suis pas opposée à l’étendre pour les alcools forts, par exemple. Pour les produits sucrés ou gras, il n’y a pas de lien direct avec les maladies ».
Dans les départements d’outre-mer (DOM), les jeunes de 17 ans sont moins friands de cannabis, d’alcool ou de tabac que ceux de France métropolitaine. C’est ce que révèle l’enquête Escapad, que vient de publier l’Observatoire français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT).
Réalisée en trois temps (2005, 2008, 2011), l’enquête a suivi 7 598 jeunes âgés de 17 ans résidant en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et à la Réunion. Les questions portaient sur leur consommation de substances psychoactives (alcool, cannabis, tabac).
Comme en France métropolitaine, les garçons sont légèrement plus nombreux (+10%) que les filles à consommer du tabac et du cannabis. Mais, la prévalence de l’usage quotidien du tabac est deux fois et demie plus faible dans les DOM (13,5%) qu’en métropole (31,5%). Concernant l’alcool, l’étude indique que les « situations d’ivresse régulières » sont bien moins courantes dans les DOM qu’en métropole (7% contre 10,5%).
Les enquêteurs de l’OFDT émettent l’hypothèse que l’éducation religieuse pourrait jouer un rôle. De plus, le contexte des DOM favoriserait un contrôle parental et sociétal plus fort. Ce n’est donc pas une question de photos-choc sur les paquets …
Le Journal du Dimanche de ce 8 juin revient sur la préparation du Projet de loi relatif à la politique de Santé que Marisol Touraine va présenter, le 17 juin, avec un volet tabac qui fait déjà l’objet d’une controverse avec les paquets génériques (voir Lemondedutabac des 29 et 30 mai).
Mais ce sont les mesures contre l’alcool qui sont évoquées dans l’article. A travers un bras de fer entre « l’administration du ministère » (ex : interdiction totale de vente dans les stations-service ; renforcement des messages sanitaires) et la profession viticole (500 000 emplois ; deuxième poste à l’exportation). Conclusion édifiante de l’article : « consciente de la difficulté de s’attaquer à une profession pesant très lourd dans l’économie française, Marisol Touraine n’en fera pas un casus-belli. Aucune décision n’est prise », reconnaît-on dans l’entourage de la ministre, « sa priorité reste la lutte contre le tabagisme ».
Plusieurs informations et remarques, en passant.
• Deux réunions interministérielles seraient encore prévues sur le Projet de loi, cette semaine. Dont la dernière sur « les éléments de langage de la ministre », ce jeudi.
• Au cabinet de la ministre, on cachait à peine, ces derniers jours, l’intention d’utiliser les mesures sur l’alcool en guise de monnaie d’échange pour gagner les derniers arbitrages « tabac ».
• En terme de « poids économique », on est frappé de constater que les services du ministère minimisent le coût des procédures et indemnisations probables que pourraient entraîner les paquets génériques en France ; les procédures internationales contre l’Australie sont toujours en cours et de plus en plus crédibles (voir Lemonde du tabac du 6 mai).
• A titre personnel, Marisol Touraine a toujours « relativisé » la dangerosité de l’alcool par rapport au tabac. On a pu l’entendre dire – en privé, mais à plusieurs reprises – en substance : un verre de vin, c’est pas grave ; une seule cigarette, c’est gravissime.
• La surconsommation d’alcool provoque 49 000 décès par an en France, selon les statistiques couramment avancées. Sans compter que les facteurs de risque se combinent souvent. La consommation d’alcool accélérant celle du tabac, en maintes circonstances.
• Une situation pour le moins paradoxale : des lobbyistes et autres consultants qui accompagnent les démarches de certains industriels du tabac ne manquent pas d’offrir aussi, au même moment, leurs services aux professionnels de l’alcool et de l’agro-alimentaire.
• Sachant que la polémique sur le Projet de loi peut encore rebondir à propos d’autres articles apparaissant dans son contenu : « création de l’action de groupe » (de malades contre des fabricants et producteurs) à l’article II.II.1.1 ; « expérimenter une ou plusieurs salles de consommation à moindre risque dans des lieux particulièrement fréquentés par les usagers de drogues injectables » (salles de shoot) à l’article III.III.2.2.
L’acte de fumer connait, actuellement, une formidable évolution : de la cigarette conventionnelle aux produits de nouvelle génération comme la Ploom (voir Lemondedutabac des 15, 16 et 17 avril) en passant par la cigarette électronique.
Il en est de même dans l’acte de consommer de l’alcool …
Ainsi, l’alcool en poudre devait arriver dès l’automne sur le marché américain. Devait … Car, 24 heures après avoir annoncé le feu vert du Bureau de taxation et du commerce de l’alcool et du tabac pour ses sachets d’alcool en poudre « Palcohol », le fabricant Lipsmark « met de l’eau dans son vin », suite à une « opposition » émise par la même autorité fédérale « pour un problème d’étiquetage ».
Communication précipitée du fabricant ou rétropédalage de l’administration ?
Commercialisé sous forme de sachets individuels de boisson en poudre, le produit permet d’obtenir du rhum ou de la vodka (purs avec rajout d’eau) ou des cocktails (genre mojito ou margarita en diluant avec du jus d’orange ou du soda). Lipsmark avait reconnu sa surprise en apprenant le « ok » officiel, sachant qu’elle avait bien montré « patte blanche » par rapport à la législation sur l’alcool : vente uniquement dans les établissements autorisés et aux plus de 21 ans, notamment.
Si l’approbation n’est pas retirée, il y a tout de même opposition du Bureau sur l’étiquetage et, en particulier, « sur l’indication de la quantité de poudre dans un sachet ».
Le problème à lire entre les lignes ? L’utilisation détournée possible de la poudre par voie nasale. Lipsmark a mis un gros « warning » sur son site : « ne faites pas cela, ce serait irresponsable et pas une manière intelligente d’utiliser ce produit ». Avec la précision suivante : il faudrait renifler au moins 60 grammes de cette poudre pour avoir l’équivalent d’un verre d’alcool ! Il n’empêche que la poudre pourrait aussi être saupoudrée sur des aliments.
L’alcool en poudre n’est pas une nouveauté : il est courant au Japon depuis une dizaine d’années. Depuis fin 2013, une société américaine vend déjà de la bière en poudre, un concentré de houblon qui, mélangé à de l’eau gazéifiée, est supposé donner une bonne pinte.
Santé !
Les 7 et 8 avril prochain, se tiendra à Paris le « premier congrès Addictologie, santé, travail ». Les organisateurs proposent une nouvelle approche (« autre que médicale ou juridique ») des liens entre le travail et la consommation de drogue(s), médicaments, alcool ou tabac. Façon de sortir des « schémas moralisateurs »…
« Comment se passent les usages de Mr et Mme tout le monde ? Comment se passe le travail aujourd’hui ? Et surtout personne ne pose ces questions ensemble (…) Peut-être que si on posait les questions autrement, on serait moins dans l’impasse en matière de prévention » a relevé la présidente de l’association Additra (Addictologie & Travail) en présentant le colloque « Addictologie, santé, travail » devant les médias.
Le congrès vise à faire dialoguer les sciences humaines avec le milieu médical et juridique « pour que les angles morts s’éclaircissent ». Actuellement, aucun rapport officiel ne se penche sur le lien entre travail et consommation, celle-ci ayant des causes multiples et pouvant être « aussi une solution que les individus trouvent pour faire face à leur travail ou aux effets de leur travail ». Environ 20% des adultes consomment régulièrement des boissons alcoolisés, plus de 18,3% de la population des médicaments psychotropes et un tiers a expérimenté du cannabis : toutes ces consommations ne s’arrêtent pas miraculeusement aux portes des entreprises.
Ce premier congrès réunira des chercheurs, acteurs de la prévention ou encore des syndicalistes ; il est organisé par Additra, le Cnam, la Fédération Addiction (FA) et le groupe d’études sur le travail (Gestes). En partenariat avec la Mission interministérielle de la lutte contre les drogues et les conduites addictives, MILDCA (ex-Mildt).
La Mission interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT) a décidé hier de mettre en place un « groupe de travail » contre les stratégies supposées « agressives » des industriels du tabac et de l’alcool.
Conformément à cette approche particulière, pleine d’a priori, qui délaisse le vrai travail de prévention sur le terrain et auprès de la population concernée, pour se complaire à dénoncer « des entreprises » présentées comme porteuses de tous les maux.
Ce groupe de travail réfléchira aux conditions de promotion de l’alcool et du tabac, et devra « étudier les possibilités de faire mieux appliquer le droit existant, voire de proposer des évolutions de ce droit » a expliqué la présidente de la MILDT, Danièle Jourdain-Menninger, lors d’un colloque (voir Lemondedutabac du 4 mars).
Il y a fort à parier que les partisans du conditionnement générique vont mettre à profit ce groupe de travail pour pousser une nouvelle offensive.




