
Deuxième volet de notre entretien avec Julia Neumaier (voir le 8 septembre), qui nous commente, ici, l’actualité professionnelle des marchés du tabac et du vapotage.
LMDT : Quelle analyse faites-vous du marché du tabac combustible ?
Julia Neumaier : Nous observons toutes et tous la même réalité. Celle d’un marché officiel qui régresse de l’ordre de -8 %, -10 % en volume chaque année.
Alors que cela ne correspond pas à une diminution comparable de la prévalence tabagique, mais à une augmentation du marché parallèle sans commune mesure avec ce qui se passe ailleurs en Europe.
Au fil des ans, les gouvernements ont fait de la fiscalité le levier principal de la lutte anti-tabac en France. Plutôt que de s’appuyer aussi sur la palette des autres moyens, comme les produits à moindre nocivité, par exemple.
On voit le résultat. En reprenant ne serait-ce que les chiffres de l’étude officielle TAFE des Douanes et de la Mildeca, il ressort qu’en 2023, le manque à gagner fiscal représenté par le marché parallèle se monte à 4,3 milliards d’euros. Cela laisse rêveur dans le contexte budgétaire actuel.
Mais il est toujours difficile de corriger ses erreurs, n’est-ce pas ?
Ce qui m’inquiète, à titre personnel, c’est d’apprendre que ce marché parallèle est désormais entre les mains de réseaux criminels et de structures mafieuses. 11 usines clandestines de fabrication de cigarettes de contrefaçon ont été démantelées chez nos voisins belges depuis le début de l’année. La plupart « produisaient » pour la France. C’est hallucinant.
Enfin, une confidence, toujours à titre personnel : dans aucune autre ville européenne, je n’ai été autant sollicitée, dans la rue, par des vendeurs de paquets de cigarettes à la sauvette qu’à Paris…
LMDT : Vous avez su prendre toute votre place sur le marché du vapotage. Comment va-t-il évoluer ?
Julia Neumaier : Doté maintenant de produits fiables et de qualité, le vapotage offre une alternative sans combustion pour les fumeurs à la recherche de moindre nocivité, c’est maintenant bien établi. Et il peut représenter une part significative de leur CA brut pour les buralistes qui sont notre réseau de commercialisation.
Mais l’enjeu, aujourd’hui, repose sur la capacité de l’ensemble de la filière à jouer un rôle de protection vis-à-vis des mineurs. Plus que jamais, le vapotage doit rester un produit pour les fumeurs adultes. Nous avons donc besoin d’un encadrement fiable et crédible. Nous sommes donc favorables à une régulation porteuse de sens en termes de traçabilité et de distribution organisée. Le marché parallèle du vapotage est déjà trop important.
Il est indispensable que tout le monde garde en tête le contre-exemple des Pays-Bas où l’on a interdit les arômes (voir 6 mai 2026).
Résultat : 27 % des vapoteurs s’approvisionnent directement à l’étranger, 31 % vont sur des sites en ligne vendant des produits frauduleux… et 27 % sont revenus à la cigarette. Voilà exactement ce que l’on veut éviter en France et en Europe !