Une nouvelle étude confirme que la vente de tabac sur le Net, pourtant interdite, explose. Des cigarettes de contrebandes ou de contrefaçons sont revendues sur des réseaux sociaux comme Facebook et Snapchat (voir 24 novembre et 16 septembre 2024).
C’est ce qu’annonce un article du Parisien / Aujourd’hui de ce matin.
La vente de cigarettes se porte bien sur Internet. Une étude de la société Webdrone, une start-up spécialisée dans la détection de produits contrefaits sur le Net (voir 11 octobre 2022), révèle qu’entre 2023 et 2024, le nombre de « points de vente de tabac » (les annonces) en ligne est passé de 14 634 à 31 604.
« Cela représente 116 % d’augmentation sur un an », s’agace Vincent Zappia, responsable des affaires publiques chez le fabricant de tabac British American Tobacco (BAT), qui a commandé l’étude (voir 24 janvier 2024).
•• Une surprise ? « Pas vraiment », répond fataliste Philippe Coy, président de la Confédération nationale des buralistes. « Certains sites, notamment des réseaux sociaux, sont devenus de véritables marketplaces du tabac. On le constate dans nos chiffres. Sur 2024, on enregistre une baisse des volumes de ventes de 11,5 % et de 3,5 % en valeur. » Et pourtant, ces dernières années, le nombre de fumeurs dans l’Hexagone est resté relativement stable avec 15 millions de Français accros à la nicotine plus ou moins régulièrement.
« Facebook concentre environ 70 % des annonces détectées » détaille Vincent Zappia. « Et Snapchat plus de 20 %. Les trafiquants vont là où il est facile d’écouler leurs marchandises et là où il y a la demande. »
Contactés à plusieurs reprises, ni Meta, propriétaire de Facebook, ni Snapchat n’ont répondu. Déjà sollicité l’année dernière, le premier renvoyait alors à ses conditions d’utilisation qui interdisent « d’acheter ou vendre des produits liés au tabac ». Quant au second, il indiquait supprimer « les contenus et les comptes en infraction lorsque nous les détectons ». Mais pour les buralistes comme pour les fabricants, « la politique de modération des réseaux sociaux est clairement insuffisante ».
•• Pourtant, depuis le début d’année 2024, le règlement européen sur les services numériques (DSA) durcit l’obligation des plateformes du Net de modérer leur contenu, notamment sur tout ce qui est illégal, comme la vente de tabac, un monopole d’État, confié aux seuls buralistes. « Aujourd’hui, Internet est le premier buraliste de France », constate Philippe Coy.
D’ailleurs, au sein Direction nationale du Renseignement et des Enquêtes douanières (DNRED), dont le service Cyberdouane est chargé de lutter contre les différents types de fraudes sur Internet, on le reconnaît : « Ce type de trafic continue de se développer. »
Pour autant, difficile de connaître l’origine des cigarettes. L’étude de Webdrone estime que 37 % pourraient provenir de la contrebande et 22 % de la contrefaçon. « Mais pour plus de 40 %, on n’arrive pas à le déterminer » commente Vincent Zappia. « Le volume est tellement important que les prix ont tendance à se tasser. Le tarif du paquet de contrebande, plus cher, se rapprochant de celui de contrefaçon. »
Comptez une douzaine d’euros en moyenne pour un paquet chez un buraliste. « Moitié moins sur le Net » s’agace Philippe Coy, « ce sont des milliards d’euros qui échappent au fisc. » Un trafic, bien rodé, où les revendeurs utilisent les mêmes ficelles que le commerce licite. « La marchandise est souvent envoyée par voie postale » confie une source au sein du renseignement douanier, « et il est même possible de déposer des avis. »
•• En décembre 2022, alors ministre délégué chargé des comptes publics, Gabriel Attal, avait lancé le Groupement de Lutte anti-Trafic de Tabac, plus communément appelé GLATT, qui s’accompagnait de déploiement de cyber-douaniers dans chaque direction régionale des douanes.
« On ne peut pas dire que l’État et les Douanes ne font rien », résume Philippe Coy, « mais tant que les plate-formes ne feront pas le ménage sur leurs sites, c’est comme vider l’océan avec une cuillère. »




