
Son itinéraire international au sein d’Imperial Brands, son arrivée à Seita, l’actuelle mobilisation des buralistes, le tabac et son marché parallèle, les perspectives du marché du vapotage… Julia Neumaier (directrice d’Imperial Brands-Seita) s’est confiée au Monde du Tabac.
Cet entretien est publié en deux volets.
LMDT : À l’issue d’études de commerce international, vous avez rejoint International Brands, via sa filiale allemande Reemtsma. Pourquoi avoir choisi, pour y rester, un grand groupe de tabac ?
Julia Neumaier : On m’y a donné tellement de possibilités de m’impliquer dans des sujets si différents depuis 2008… en Allemagne et au Royaume-Uni comme à Hong-Kong et à Singapour.
Pour relever des enjeux stratégiques mais aussi très opérationnels.
Cela donne un parcours qui n’est pas classique.
J’ai connu concrètement l’odeur de tabac qui imprégnait l’usine de cigarettes de Langenhagen mais aussi l’irruption fulgurante des produits de nouvelle génération comme le vapotage, le tabac chauffé ou les sachets de nicotine.
Il a fallu bouger, s’adapter, se réinventer, adopter une manière différente de considérer les situations.
Par exemple, le Covid est arrivé alors que j’étais manager dans les activités duty-free. Du jour au lendemain, notre chiffre d’affaires a dégringolé à 5 % de ce qu’il était habituellement… Un bon test de résilience, croyez-moi !
LMDT : Maintenant vous êtes à la tête de Seita qui vient de passer le cap des 100 ans (voir 10 août 2026). C’est une vieille dame…
Julia Neumaier : … je considère que l’histoire n’est jamais obsolète. Il se trouve que Seita résonne à l’oreille des Français de toutes les générations. Et je constate que cette incarnation du monopole du tabac sur le marché national avait déjà su se moderniser au fil des évolutions réglementaires et du temps.
La privatisation puis l’arrivée, il y a 18 ans, d’Imperial Brands – avec son statut de grand groupe international – ont accéléré le mouvement. En donnant plus de moyens à l’entreprise pour affronter l’avenir et s’adapter aux nouveaux marchés.
Il reste que nous restons très conscients de notre héritage. Il nous permet d’avoir des liens particulièrement forts avec le réseau des buralistes.
LMDT : …En cette rentrée, les buralistes se mobilisent et manifestent. Cela vous fait réagir ?
Julia Neumaier : je les comprends à 100 % et, franchement, je les soutiens.
Je me rends très souvent dans leurs magasins, j’ai constaté leur volonté de s’adapter mais je partage leurs sérieuses inquiétudes.
Ils ont perdu 35 % des volumes de leurs ventes tabac en 5 ans, essentiellement à cause du marché parallèle, et certains se retrouvent avec des vendeurs à la sauvette, sur le trottoir, en face de leur point de vente… qui peut supporter ce genre de situation ?
On leur supprime, d’un trait et sans dialogue, la possibilité de vendre des sachets de nicotine à moindre nocivité. Quel manque de respect !
On parle, désormais, de paquet neutre pour le vapotage. Alors… c’est quoi l’avenir ?
Il reste que 22 500 buralistes, c’est un réseau sans équivalent, sur tout le territoire, incarnant la vraie proximité.
Et leur mobilisation peut contribuer à ouvrir les yeux de certains.
(À suivre)