Marché parallèle du tabac : Vaines querelles devant des chiffres qui vont de mal en pis
49,4 % de marché parallèle du tabac en 2024 (part de la consommation de tabac qui ne vient pas de chez les buralistes) d’après le rapport KPMG, commandité par Philip Morris International ;
38 % de marché parallèle en 2023 d’après une étude EY Parthenon, commanditée par plusieurs fabricants de tabac ;
19,2 % de marché parallèle en 2023 d’après une étude financée sur fonds publics (Mildeca et Douanes / rapport Tafe)…
Peu importe les différences et les polémiques sur les chiffres, la vérité est que le phénomène s’avère de plus en plus important. De plus en plus visible. Il s’aggrave. Et les synergies avec le narcotrafic crèvent les yeux.
Désormais, de grands et petits réseaux mafieux – structurant les trafics et blanchissant leurs mégaprofites dans des commerces de proximité – s’organisent autour de cette activité.
Sans que les politiques, à quelques exceptions près, ne s’en émeuvent.
Le sujet est devenu d’une banalité affligeante, consternante.
Prix du tabac : un niveau toujours anormalement haut
Il n’y a pas de nouvelle « trajectoire fiscale » dans ce qu’il reste du budget de l’État mais les prix du tabac continuent d’augmenter d’une année sur l’autre.
Comment croire que la mécanique infernale conduisant à l’extension du marché parallèle puisse s’arrêter prochainement ?
À l’exception de la Belgique, l’offre tabac des pays voisins de la France se situe toujours à des prix justifiant les achats frontaliers. Et l’actualité, rapportée quotidiennement ici-même sur Le Monde du Tabac, montre bien comment les réseaux de vente illégale (en ligne, dans la rue, dans les épiceries) prolifèrent.
Interdiction des puffs et explosion d’un nouveau marché parallèle
Madame Vautrin a décroché sa « mesure anti-tabac bien à elle » avec l’interdiction des puffs en février.
Ces cigarettes électroniques jetables, pratiques pour aider les fumeurs à décrocher du tabagisme, mais dont le marketing a été dévoyé par certains metteurs sur le marché peu scrupuleux.
Lesquels écoulent maintenant les puffs, en pagaille, dans des épiceries ou en ligne.
Interdiction brouillonne des sachets de nicotine
Alors que la plupart des pays européens cherchent à encadrer et réglementer ce nouveau mode de consommation de la nicotine, cela aura été la dernière mesure de feu le gouvernement Bayrou, début septembre : une prohibition sans appel.
Depuis, le Conseil d’État a suspendu la décision. À suivre.
Extension des zones non-fumeurs
Les plages et d’autres lieux publics passent en zones non-fumeurs par le biais d’un décret pris en catastrophe juste avant les vacances.
Les terrasses échappent à la mesure qui, par ailleurs, ne concerne pas le vapotage.
Prévalence tabagique qui bouge
On apprend en octobre que la prévalence tabagique a baissé en France : de 31,3 % de « fumeurs quotidiens et occasionnels » en 2023… à 25 % en 2024.
Les interdictions mentionnées plus haut n’y étant pour strictement rien.
Le ministère de la Santé se félicite discrètement de ce résultat mais ne s’aventure pas à donner l’une de ses principales explications : le recours au vapotage chez de nombreux fumeurs voulant arrêter.
Buralistes à la peine
Ventes tabac et presse en baisse constante ; ventes additionnelles en réduction ; conjoncture morose : les buralistes serrent les dents.
Et beaucoup de travail pour la nouvelle équipe à la tête de la Confédération depuis octobre dernier. L’année qui arrive sera décisive.