Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements liés directement ou indirectement au tabac
25 Nov 2015 | Pression normative
 

Michèle DelaunayAccusant difficilement le coup à l’issue du vote des députés pour l’assouplissement de la loi Évin (voir Lmdt de ce jour), la députée PS Michèle Delaunay s’en prend, dans un communiqué, à ses collègues de l’Assemblée nationale et du Sénat …   

« Bordelaise, fière de mon territoire, de sa réputation multiséculaire et universelle, j’ai appelé hier à ne pas voter, dans une loi de santé publique, un affaiblissement de La loi Évin, texte fondateur de nos politiques de santé.

« Avec l’arrivée dans l’hémicycle de nombreux députés repartis sitôt après le vote, ce sont des intérêts commerciaux qui ont contrecarré nos efforts pour lutter contre les dégâts sanitaires et sociaux des addictions de toutes sortes, alors même que la loi Évin, parfaitement équilibrée, permet déjà une large publicité que chacun peut constater tous les jours, sur les affiches dans les journaux et les magazines, comme nos boîtes aux lettres. 

« L’amendement voté hier déverrouille, de plus, la publicité à la télévision et ouvre de nouveaux champs, où s’engouffreront bien davantage les alcooliers que nos vini-viticulteurs, en raison du coût exorbitant de ces vecteurs publicitaires.

Le vote d’hier, et celui du Sénat précédemment, ne plaident pas pour l’indépendance de jugement du Parlement ».

11 Nov 2015 | Pression normative
 

Bruno Le RouxLundi dernier, un communiqué particulièrement offensif de Bruno Le Roux (le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale) dénonçait les « méthodes de lobbying obscures » de l’industrie du tabac au palais Bourbon (voir Lmdt du 9 novembre). Dès le lendemain, la chaîne parlementaire / LCP fait circuler et diffuser une vidéo, dans laquelle ne témoignent en fait que deux députés PS de la commission des affaires sociales : Marie-Françoise Clergeau et Chaynesse Khirouni.

Selon LCP, toutes deux auraient été averties par un de leurs collègues que leur nom figurait dans un email – envoyé par un cabinet de lobbying mandaté par un fabricant de tabac – dans lequel elles étaient présentées comme favorables à un report de l’entrée en vigueur du paquet neutre. Alors qu’elles avaient voté pour le paquet neutre en première lecture.

Les deux députées ont donc réagi vivement, auprès du cabinet qui n’a pas répondu, et ont reçu le soutien empressé de Bruno Le Roux qui explique dans la vidéo : « quand le lobbying est fait de manière particulièrement grossière, comme le fait l’industrie du tabac, cela pose un problème parce que cela fait dire à des députés le contraire de ce qu’ils pensent. C’est ce que je reproche avant tout à ce type de lobbying ».

Ce que Bruno Le Roux ne raconte pas dans la vidéo, en termes de manœuvre suspecte, si ce n’est grossière … c’est la modification discrète de la composition de la commission des affaires sociales, quelques jours avant le 9 novembre, avec l’arrivée d’Anne-Yvonne Le Dain et de Catherine Quéré. Or, toutes deux étaient signataires d’un appel commun de 60 parlementaires de la majorité demandant à Manuel Valls et François Hollande d’assouplir les règles de la loi Evin encadrant la publicité sur l’alcool.

Remplacement opportun … puisque l’amendement modifiant la loi Evin sur ce point a été adopté à la suite d’un débat serré (voir Lmdt du 9 novembre), sachant que cela n’a pu se faire qu’avec la bénédiction morale du président du groupe socialiste. La députée Catherine Lemorton, présidant les travaux, n’a pas manqué de lui demander des explications sur cette « manipulation dans sa commission ».

En revanche, le paquet neutre a fait l’objet, pendant le débat en commission, d’un rappel aussi appuyé qu’insistant de la position favorable du groupe socialiste.

9 Nov 2015 | Pression normative
 

Vin AlcoolEn commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, réunie en ce moment même, le groupe PS souhaitait supprimer un article adopté par le Sénat qui ouvrait la voie à un assouplissement de la loi Evin concernant la communication sur certains alcools et leurs terroirs (voir Lmdt des 16 septembre, 8 août et 16 juin).

Sur ce point, la majorité gouvernementale a été battue. L’amendement du Sénat est maintenu.

5 Nov 2015 | Observatoire
 

OCDEDes statistiques à regarder de près pour les relativiser. Le « rapport santé 2015 » de l’OCDE (34 pays membres à travers le monde) souligne une baisse générale de la consommation d’alcool et de tabac, mais avec de fortes inégalités entre pays. La France fait moins bien que la moyenne, mais tout en figurant au 5ème rang des pays où l’espérance de vie est la plus longue. Lire la suite »

23 Sep 2015 | Observatoire
 

Alcool et tabagismeLes « niveaux alarmants » de consommation d’alcool, de tabagisme et d’obésité en Europe menacent les progrès qui y ont été accomplis en matière de baisse de la mortalité prématurée, a assuré, ce mercredi 23 septembre, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à l’occasion de la publication de son rapport  sur la santé  en Europe.
Dans une communication où le plaidoyer pro-domo se mêle à l’analyse. 

Car, les niveaux de mort prématurée liés à des maladies non transmissibles (NMT) – dont des cancers, des maladies cardio-vasculaires, le diabète ou les maladies respiratoires chroniques – sont en recul rapide, constate, d’une part, ce rapport triennal qui couvre 39 pays (UE et anciennes Républiques soviétiques).

« Cependant, les niveaux de consommation d’alcool, de tabagisme et de surpoids et d’obésité atteignent toujours des niveaux alarmants », estime, d’autre part l’OMS, ajoutant qu’ils « pourraient menacer ces progrès ».

« La région européenne enregistre les taux les plus élevés au monde en termes de consommation d’alcool et de tabagisme et, en ce qui concerne les taux de surpoids et d’obésité, elle se classe juste derrière la région des Amériques », souligne encore le rapport. Ainsi, 59 % de la population est en surpoids ou obèse tandis que 30 % de la population fume. Selon des chiffres datant de 2010, la consommation d’alcool y est de onze litres d’alcool pur par an et par personne en moyenne.

« Nous sommes en bonne voie, ce qui est une excellente nouvelle mais nous ne devons pas quitter l’objectif des yeux, nous devons faire plus en matière de facteurs de risque si nous voulons vraiment atteindre les objectifs en 2020 », qui est une réduction de la mortalité prématurée de 1,5 % par an d’ici 2020, souligne Claudia Stein, directrice de la recherche du bureau européen de l’OMS. « Les taux de tabagisme baissent partout – sauf à de très rares exceptions – mais l’obésité augmente », souligne-t-elle encore dans un entretien avec l’AFP. « Nous ne voulons pas gagner la guerre contre l’alcool et perdre celle contre l’obésité, ou bien nous pourrions simplement effacer les progrès relevés dans ce rapport ».

Selon elle, si ces taux ne baissent pas, « nous risquons de remettre en cause les progrès réalisés en matière d’espérance de vie, ce qui pourrait signifier que la prochaine génération pourrait vivre moins longtemps que nous ».

L’OMS souligne par ailleurs que les différences entre les pays –  en termes d’espérance de vie à la naissance et de mortalité infantile – ont diminué entre les pays de la région mais qu’elles restent « inacceptablement élevées ». Selon des chiffres datant de 2010 cités dans le rapport, l’écart d’espérance de vie est de 11 ans entre le haut et le bas du classement. L’OMS a précisé aussi avoir eu des difficultés à obtenir les données statistiques auprès de certains pays, ce qui peut nuire à la « fiabilité » et « l’exactitude » des taux présentés dans le rapport. 

16 Sep 2015 | Pression normative
 

SénatAvant d’aborder les sujets tabac, les sénateurs ont remis à nouveau sur le tapis, dans le cadre du projet de loi Santé, un amendement d’assouplissement de la loi Evin qui avait fait beaucoup parler de lui lors de la loi Macron (voir Lmdt des 8 août ainsi que des 8, 11 et 16 juin).

Après son discours conquérant de lundi (voir Lmdt du 14 septembre), cela a été la douche froide pour Marisol Touraine. Lire la suite »

15 Sep 2015 | Observatoire
 

Jean Gadrey« Nouvel exemple de la façon dont des économistes font la une des médias avec de la gonflette , ici spectaculaire, sur les coûts » juge sévèrement Jean Gadrey, professeur honoraire d’économie à Lille 1, dans Alternatives Economiques  suite à la publication du rapport sur « Le coût social des drogues en France » (voir Lmdt du 11 septembre).

« C’est une étude (financée par « Marisol Touraine, via la Direction générale de la Santé » fait-il remarquer au passage) « sérieuse », « mais pourtant vous auriez tort de la prendre au mot ou au chiffre », prévient l’économiste avant de développer ses contre-arguments.

Avant d’en présenter des extraits, on mettra en exergue sa conclusion : « dans le domaine des coûts de la vie et de la qualité de vie, on peut en réalité aboutir, en s’y prenant bien, à pratiquement n’importe quel chiffre, parce que cela n’a pas le moindre sens et le moindre intérêt, parce que c’est même une injure à l’égard de la vie comme valeur non économique ».

OFDT Rapport Kopp Cout des drogues« Je ne suis absolument pas hostile, ni à certaines évaluations de coûts (sanitaires, sociaux, écologiques …), ni à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, et il y a de quoi, dans cette étude alimenter le débat économique (…) Mais là, c’est trop : l’addiction à l’analyse coûts/bénéfices est une drogue légale qui peut nuire gravement à la santé mentale des citoyens(ne)s. A mon avis, elle devrait même devenir illégale lorsqu’elle franchit certains seuils éthiques (…)

« Car ce qu’ambitionne ce genre d’étude n’est pas une comptabilité classique (et utile) des coûts et bénéfices, mais une comptabilité « en bien-être social », un truc réservé aux économistes et que personne d’autre ne peut piger vraiment (…)

« Car c’est là que s’installe l’imposture économique, cette démarche où tout ce qui a de la valeur (humaine, éthique, esthétique …) doit passer sous les fourches caudines de la mesure en valeurs monétaires. C’est là que l’on trouve ce qui va faire exploser les chiffres et aboutir aux deux fois 120 milliards annuel, dont l’auteur prévient qu’il faut éviter de les additionner, précaution ignorée par les grands médias.

• 1 • « Ce qui va booster les résultats est d’abord et surtout le coût des vies perdues (66 milliards annuels pour l’alcool, 62 pour le tabac), soit dans les deux cas plus de la moitié des 120 milliards du total respectif. Mais c’est aussi en second lieu, le coût de la perte de vie (soit 39,5 milliards pour l’alcool et 31,7 milliards pour le tabac). Sans ces ajouts, le coût social de l’alcool serait seulement de 14,5 milliards annuels et celui du tabac de 26,3 milliards. De très gros chiffres selon moi, de quoi débattre, mais pas de quoi faire un tabac.

• 2 • « Or, pour le coût des vies perdues, j’ai déjà expliqué pourquoi c’était fantaisiste, bourré d’incertitudes, manipulateur, et surtout incompatible avec mes principes éthiques. Dans cette étude, on retient le chiffre de 115 000 euros pour une année de vie perdue, en s’appuyant sur le rapport Quinet, lequel a décidé qu’il fallait multiplier par deux le chiffre retenu antérieurement dans le rapport Boiteux   en passant de 1,5 million d’euros par vie perdue à 3 millions.

• 3 • « Quant au coût de la perte de qualité de vie pour les personnes souffrant de pathologies liées à leurs addictions  c’est assez nouveau, mais ce n’est pas moins fantaisiste (dans la note actuellement disponible on ne trouve pas de précisions). C’est à nouveau la bible Quinet qui est mobilisée, tout comme elle l’est pour un paramètre crucial dans ces calculs : le taux d’actualisation (il permet de passer de la valeur statistique de la vie à celle d’une année de vie), fixé à 4 %, en tenant compte de savants développements qui donnent l’impression que le pifomètre des experts reste le grand outil de choix, en particulier quand les perspectives économiques sont terriblement incertaines (…)

• 4 • Un dernier chiffre pour la route : en 2006, Pierre Kopp avait déjà publié une évaluation des mêmes coûts pour l’année 2000, et il aboutissait à des chiffres TROIS FOIS INFERIEURS. Il s’en explique (…) en mettant avant tout l’accent sur l’amélioration des données, des méthodes et des concepts, et pas sur l’augmentation de la consommation ou sur l’inefficacité des politiques publiques. Mais mon hypothèse est différente : c’est avant tout parce que dans le domaine des coûts de la vie et de la qualité de vie, on peut en réalité aboutir, en s’y prenant bien, à pratiquement N’IMPORTE QUEL CHIFFRE, c’est parce que cela n’a pas le moindre sens et le moindre intérêt, parce que c’est même une injure à l’égard de la vie comme valeur non économique, que les résultats actuels sont à ce point incompatibles avec ceux de 2006 ».

30 Août 2015 | International
 

Pub BacardiCela n’a rien a voir avec le tabac mais tout avec une leçon de l’Histoire. Celle avec un grand H dont on ne tire jamais assez les enseignements.

Et ce rappel historique a été dispensé – notamment à Londres, ce mois d’août – sur des panneaux publicitaires loués par Bacardi dont la campagne de communication est désormais célèbre Outre-Manche.

Son texte :
« Rappelons-le. La prohibition, ce fut l’explosion.
« En 1919, les États-Unis ont interdit la fabrication, la vente et la consommation de produits alcoolisés. Les Bacardi ont alors pris l’initiative. Ils ont invité les Américains à Cuba pour des week-ends de fêtes.
« Bacardi, indomptable depuis 1862 ».

C’est dit.

18 Août 2015 | Observatoire
 

Binge DrinkingEntre le long et ingrat travail de prévention … ou les opérations « coups de com », nous sommes confrontés au même débat. Que cela soit pour le tabac ou l’alcool.

Ainsi, dans Le Journal du Dimanche de ce 16 août, le professeur Mickaël Naassila, directeur d’un groupe de recherche sur l’addiction à l’alcool – dépendant de l’Inserm / Institut national de la Santé et de la Recherche médicale – déclare : « arrêtons de penser qu’il faut que jeunesse se passe et que les cuites sont sans conséquences.

« Le binge drinking (consommation extrême et ultra-rapide d’alcool / ndlr) est un enjeu majeur de santé publique.

« Il est temps de créer une journée sans alcool en France, voire une semaine autour de l’alcool, pour expliquer tous les méfaits associés à la consommation excessive et faire le point sur sa consommation ».

D’après le professeur Naassila, deux cuites à l’adolescence suffiraient à perturber durablement les processus à la base de la mémoire !

C’est du moins ce que rapporte le JDD.

8 Août 2015 | Pression normative
 

Conseil constitutionnel« L’assouplissement de la loi Macron, par le lobby de l’alcool, est retoqué par le Conseil constitutionnel » synthétisent succinctement les médias suite à l’arrêt – ce jeudi 6 août – de ce même Conseil sur un texte qui a fait beaucoup parler et dont on se demande toujours en quoi il va faire repartir l’économie. De là à proclamer que Marisol Touraine a gagné …

On garde en mémoire la polémique : un large courant parlementaire (baignant les deux bords politiques) s’est emparé de la discussion sur la loi « fourre-tout » (plus de 300 articles) du sémillant Emmanuel Macron pour faire bouger les lignes de l’antique loi Evin concernant les règles de communication et de publicité sur l’alcool (voir Lmdt des 8, 9, 11 et 16 juin). Domaine dans lequel les professionnels vinicoles hexagonaux sont bâillonnés en France, ce qui n’est pas le cas de leurs concurrents étrangers sur leurs marchés respectifs.

Cela par le biais d’un amendement excluant du champ de l’interdiction de publicité sur les alcools (de la loi Evin/ ndlr) des contenus (textes et images destinés / ndlr) liés notamment à « une région de production », à « un patrimoine culturel, gastronomique, paysager lié à une boisson alcoolique disposant d’une identification de la qualité ou de l’origine », à « un terroir protégé ».

Après cet avis du Conseil constitutionnel on en revient donc, sur ce point, à la loi Evin stricte.

Deux remarques :

• le Conseil constitutionnel a retoqué l’amendement au motif qu’il s’agit d’un « cavalier législatif ». Autrement dit, il n’a rien à voir avec une loi Macron annoncée « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ». On s’attend à un Conseil constitutionnel aussi sourcilleux avec de prochaines lois. Notamment par rapport au contexte législatif européen (exemple : Directives) ;

• l’amendement avait quand même fait l’objet d’un accord de compromis entre le parlement et le gouvernement, malgré les réactions vives de Marisol Touraine. Cette première tentative d’adapter au mieux la loi Evin à certaines réalités économiques pourrait être suivie par d’autres. Dans le domaine de l’alcool, s’entend.