Au début, le chômage, c’était bien, mais maintenant on est trop….
« Sur quel plateau télé entendrez-vous une meilleure punchline pour commenter la vie économique française ? » C’est une des célèbres « Brèves de comptoir », collectées par Jean-Marie Gourio. Il avait compris avant tout le monde l’importance des bistrots.
C’est ainsi que débute un éditorial de Thibaut Vuitton dans Le Populaire du Centre du 9 février. Nous le reprenons tel quel.
Si, quand je vous parle du Balto, vous pensez à ces habitués qui boivent leur espérance de vie, au carrelage vert qui colle aux pieds été comme hiver ou à l’odeur de tabac froid qui, dix-huit ans après l’interdiction de fumer dans les lieux publics, s’accroche encore aux murs : vous manquez l’essentiel.
Le bistrot est avant tout l’endroit où l’on fait société.
C’est ce qui ressort d’une récente étude établissant un lien entre la disparition des bars-tabacs en France et la hausse du vote RN (voir 8 et 2 février).
« Quand il n’y a plus de lieu pour se parler, peut-on y lire, la politique devient un face-à-face entre l’individu isolé et les grands récits médiatiques. »
Les bars ferment, mais il y a pire : ceux qui les fréquentent deviennent louches. Le sociologue Benoît Coquard, cité dans l’étude, raconte que le café était autrefois le « repos légitime du travailleur ». Aujourd’hui, « le temps passé au café devient suspect, marqué par le stigmate de l’oisiveté ».
Résultat : la sociabilité se replie « chez les uns et les autres », dans des cercles plus fermés, avec ceux qui partagent déjà les mêmes opinions.
Aussi, je vous invite aujourd’hui, chers lecteurs, à un acte citoyen. Si vous avez la chance d’avoir dans votre ville un bar encore ouvert, entrez, prenez un petit café. S’il a votre journal sur le zinc, c’est encore mieux. C’est moins moderne qu’un coworking en tiers-lieu, certes, mais il y a beaucoup moins de gens cachés derrière des AirPods. Puisqu’il en va de la démocratie, il s’agirait de se remettre au bistrot.