Sur France Culture, l’émission d’été « Du grain à moudre » du samedi 25 juillet avait l’intention de décortiquer « la stratégie offensive de Marisol Touraine pour changer notre rapport au tabac ». Ceci, dans le cadre de la préparation se son Programme national de Réduction du Tabagisme.
Avec pour intervenants : Joseph Osman (président de l’Office français de Prévention du Tabagisme), Stéphane Foucart (journaliste au Monde et auteur de « La Fabrique du mensonge. Comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger ») et Yves Bur (président d’Alliance contre le Tabac).
Faute de mesures concrètes sur lesquelles débattre (le Programme devrait être présenté en septembre), le tir groupé des invités s’est porté sur les atermoiements de la santé publique à la française. Et pour une fois, la « puissance du lobby du tabac » n’est pas la seule en cause … Extraits.
• « Ce plan va forcément dans le bon sens mais il arrive tard » … « On a systématiquement du retard à prendre ce genre de mesures en France » déclarent respectivement Joseph Osman (photo) et Stéphane Foucart qui vont vendre les vertus du modèle anglo-saxon. Comme les interdictions de fumer dans les lieux publics, décrétées dès les années 80 dans certaines villes américaines, ou le remboursement à 100% des dépenses de sevrage tabagique en Grande-Bretagne. Ou encore les paquets génériques (paquets neutres) mis en place en Australie.
Paquets génériques dont Jospeh Osman assure, au passage, « ne pas pouvoir garantir l’efficacité (…) Mais, l’efficacité ce n’est pas une mesure, c’est la somme de toutes les mesures. Si vous gagnez 1% sur le tabagisme avec une mesure, cela fera 10% avec dix mesures ». On ne peut pas dire que ce soit un argument frappant en faveur des paquets génériques.
• C’est alors qu’Yves Bur renchérit sur le contexte français. « Le tabac est une ressource considérable pour Bercy et le Budget de l’Etat. Bercy veille sur le tabac, qui rapporte 11 à 12 milliards de taxes, plus la TVA. Bercy cogère cette recette avec les industriels du tabac. Il est très difficile de se battre contre cette cogestion ».
« Bercy doit boucler tous les ans un budget de la Sécurité sociale en déficit. Il le serait davantage, dans l’immédiat, en se passant des recettes du tabac .
« Le gouvernement dit : ce n’est pas nous qui augmentons les taxes, ce sont les fabriquants qui augmentent leur prix. C’est pas nous, c’est eux … Il y a un cynisme d’Etat ».
• Thèse qui sera confirmée par Joseph Osman : « les pouvoirs publics se satisfont de la situation actuelle. D’un côté, on fait le nécessaire pour prendre des mesures, on fait deux pas en avant, puis on fait un pas en arrière. Et c’est ce que j’ai vu depuis 10 ans. Et on n’a pas fait de progrès ».
Et de rappeler la citation de Talleyrand à propos du tabac : « je promets de bannir ce vice affreux, le jour où on m’indiquera une seule vertu capable de faire rentrer chaque année 120 millions dans les caisses de l’Etat ».




