Aux grands bals des hypocrites … Le concert médiatique accordé au rapport de la Cour des Comptes (voir Lemondedutabac du 13 décembre) ainsi que l’accompagnement des commentaires enthousiastes, émanant des associations anti-tabac, font raisonner le tambour sur un point : le non-respect, par les buralistes, de l’ interdiction de vente du tabac aux moins de 18 ans. Ce qui ne manque pas de soulever quelques commentaires.
D’abord, tout un chacun sait que cette disposition reste, sur le fond, contournable et passablement inefficace : rien de plus facile pour un adolescent de mandater un aîné pour qu’il lui achète du tabac chez un buraliste. C’est Marisol Touraine qui l’a spontanément reconnue lors de son interview par Jean-Jacques Bourdin, sur RMC BFM TV, vendredi matin (voir Lemondedutabac du 14 décembre). Sans évoquer la possibilité de s’approvisionner sur le marché parallèle.
Ensuite, sur quoi repose, essentiellement, ce procès d’intention « à charge » contre les débitants ? : des opérations « testing », du fait d’ associations anti-tabac, avec une évidente volonté de piéger et dont les conditions de réalisation peuvent toujours être discutées : il y en a eu trois, en deux ans, à notre connaissance ; et des reportages médias où des ados confessent bien volontiers qu’il leur est habituel de se procurer des cigarettes chez le débitant du coin : comme si, à cet âge, on n’aimait pas « se vanter » de prendre une quelconque autorité en défaut …
En revanche, plusieurs études montrent que nombre de jeunes ignorent tout simplement cette interdiction. Et pour cause, aucune campagne officielle – médiatique ou autre – n’a jamais communiqué sur le sujet. Rien du ministère de la Santé. Rien de l’INPES (Institut national de Prévention et de la Santé), organisme prenant en charge d’habitude ces campagnes. Les buralistes ont dû se contenter d’un modeste avis, une « affichette » téléchargeable sur le site des Douanes (en illustration). Il a fallu que le magazine professionnel Le Losange édite une affiche plus convaincante, sans le moindre concours extérieur. Jamais l’Education nationale, ni le milieu des associations familiales – pourtant concernés au premier chef – n’ont lancé la moindre initiative.
Voilà en quoi, il y a « instrumentalisation » : par rapport à cette mesure anti-tabagique, importante et nécessaire, le ministère de la Santé et les associations anti-tabac n’ont assuré aucune politique de mise en place, de suivi et de communication. Et devant la révélation d’un échec supposé – ne reposant sur aucune enquête sérieuse, dans le temps – on va chercher un bouc émissaire … parmi les professionnels du tabac.




