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18 Fév 2026 | L'Info
 

Sachets de nicotine

Pour en savoir plus concernant la situation du marché des sachets de nicotine en France, nous avons posé 3 questions à Norbert Neuvy / Nicotine World.

LMDT : Comment analyser, avec le recul, la récente décision du Conseil d’État de suspendre l’exécution du décret de septembre dernier d’interdiction des sachets de nicotine (voir le 23 décembre 2025) ?

Norbert Neuvy : « le Conseil d’État n’a pas pris cette décision par hasard. Quand un texte est solide, il n’est pas suspendu. Il y a donc un doute sérieux sur la légalité et la proportionnalité de ce décret.
On sait déjà que ce même décret a été pris sans concertation réelle, sans débat scientifique contradictoire, sans étude d’impact sérieuse. Cette mesure n’étant ni urgente, ni fondée…
On remarque aussi que ce décret autorise, par ailleurs, le tabac à chiquer… un authentique produit du tabac, alors que les sachets de nicotine n’en contiennent pas du tout !

LMDT : L’annonce d’une interdiction a eu un impact sur le marché ?

Norbert Neuvy : « bien sûr, car nous sommes confrontés à une incertitude totale. Les fumeurs – adultes – hésitent maintenant à utiliser les sachets de nicotine, quitte à replonger dans la cigarette… Ce qui est dommageable pour la santé publique.
Et cela, alors que la demande pour les sachets de nicotine était bien réelle et qu’ils apportaient une réelle solution pour toutes ces personnes qui sont dans l’impossibilité, à certains moments-clés, de fumer ou de vapoter, sans compter ceux qui veulent abandonner la cigarette, tout simplement. Ce produit – sans tabac, sans fumée, sans combustion – avait donc trouvé sa place.
Ce sont aussi des années d’investissement qui sont brusquement stoppées par ce décret, notamment pour des PME qui se retrouvent fragilisées comparées aux capacités des groupes cigarettiers ou même du marché parallèle… Car oui, on voit apparaître de plus en plus de produits non-contrôlés, non-tracés, avec des taux de nicotine grossièrement élevés. Cela monte à 50, 60 milligrammes par sachet alors qu’une offre responsable est régulée à 20 milligrammes par sachet !
Cette incertitude s’accompagne donc d’une absence totale de protection sanitaire et de cadre économique viable.

LMDT : Mais que va-t-il se passer maintenant ?

Norbert Neuvy : « juridiquement, tout est encore possible. Politiquement, aussi. Le Gouvernement est obligé maintenant de justifier la décision de son prédécesseur ou de réguler. L’objectif étant bien de ne pas interdire la nicotine mais de hiérarchiser les risques.
Ayons bien en tête que les pays qui obtiennent des résultats tangibles contre le tabagisme – de la Suède au Royaume-Uni en passant par la Nouvelle-Zélande – n’interdisent pas à tout bout de champ mais régulent à travers une hiérarchisation des risques.
En s’opposant à la réduction des risques, la France est donc en total décalage avec les données scientifiques internationales.
Et aujourd’hui, nous n’avons aucun dialogue avec le Gouvernement. Soyons clair, l’État ne prend pas ses responsabilités.
Pourtant, les sachets de nicotine ont toute leur légitimité pour être conservés comme une option de sevrage tabagique pour les fumeurs adultes. Cet encadrement doit passer par une interdiction stricte de vente aux mineurs, des normes de fabrication et un étiquetage transparent ainsi qu’un contrôle des arômes et du dosage. C’est cela la régulation.
Et c’est la solution. »