S’il y a vingt ans l’industrie américaine du tabac vivait la pire crise de son histoire (procès, lutte anti-tabac), elle connaît aujourd’hui des résultats qui dépassent de loin ceux des autres pays développés. Au point qu’elle investit désormais massivement dans les alternatives à la cigarette traditionnelle … selon une analyse du quotidien suisse Tages-Anzeiger du mardi 9 mai et reprise dans La Tribune de Genève (voir aussi Lmdt du 24 octobre 2016).
•• Cette reprise inattendue a été rendue possible par une consolidation dans l’industrie du tabac. Deux géants contrôlent désormais plus de 80% du marché, explique Tages-Anzeiger.
Un marché qui est de nouveau si attrayant que British American Tobacco (BAT) a fait son retour après une absence de dix années et ambitionne de devenir le n°1, devant le fabricant de Marlboro, Altria (ex Philip Morris Companies Inc.) et Reynolds (ndlr : qu’il est en train d’acquérir / voir Lmdt des 5 avril et 10 mars).
Selon le patron de BAT, les États-Unis sont devenus l’endroit où le potentiel de croissance en termes de bénéfices est le plus grand au monde, si l’on ne tient pas compte de la Chine où l’État a le monopole du tabac. Et de se lancer dans une comparaison : son entreprise n’a besoin de vendre que 2 paquets de cigarettes au pays de l’oncle Sam pour engranger les mêmes bénéfices qu’avec 6 paquets dans d’autres pays développés, voire 13 dans certains pays en développement.
•• Cela serait dû à une combinaison unique, selon le quotidien.
• D’une part, les impôts sur le tabac y sont restés relativement bas (42 % de taxes sur un paquet de cigarettes contre 53 % en Suisse, 82 % au Royaume-Uni), « ce qui a permis aux fabricants américains d’augmenter leurs prix tout en se gardant une marge plus élevée que dans les autres pays développés ».
• D’autre part, « les géants du tabac ont profité, contre toute attente, d’une régulation renforcée de l’État », relève Tages-Anzeiger. Ainsi, une loi anti-tabac en vigueur depuis 2009 – Tobacco Control Act War – permet au gouvernement d’adopter des règlements stricts en matière de santé et de publicité, mais ne concerne que les produits arrivés sur le marché depuis 2007 : « du coup, les conditions sont tellement strictes que les nouveaux arrivants n’arrivent plus à concurrencer les géants ».
• Ainsi, poursuit l’analyse, alors que le taux de tabagisme a fortement baissé depuis 2001 (la prévalence tabagique est à 15 %) et que les ventes de cigarettes ont chuté de 37 % depuis cette date, « les grands fabricants ont réussi à augmenter leurs chiffres d’affaires de 32 % (à plus de 93 milliards de dollars l’an dernier, soit 83,7 milliards d’euros). Et leur bénéfice a grimpé de de 77 % depuis 2006 (à 18,4 milliards de dollars, soit 16,5 milliards d’euros) ».




