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16 Mai 2021 | Profession
 

Jacek Olczak, le nouveau patron de Philip Morris International (voir 7 et 6 mai 2021, 14 décembre 2020 ), vient d’accorder aux Echos.fr une grande interview.

Interrogé par David Barroux et Marie José Cougard, il y explique que si les cigarettes traditionnelles assurent la majeure partie de l’activité et des profits actuels, le groupe envisage un monde dans lequel l’essentiel de son activité sera un jour réalisé par le tabac chauffé ou autres produits innovants. Nous reproduisons l’intégralité de l’interview.

De quelle manière la crise sanitaire a-t-elle touché Philip Morris International ?

•• Jacek Olczak Comme toutes les industries, l’industrie du tabac a commencé par prendre des mesures afin d’assurer, avant toute chose, la protection de ses collaborateurs. Chez PMI, nous avions des masques en réserve et nous nous sommes adaptés. Nous avons pu maintenir la continuité de notre production malgré plus d’un an de crise.

Les consommateurs, eux, ont subi un bouleversement radical de leurs habitudes. Il est difficile d’en mesurer les véritables impacts. Nous gardons la même stratégie dans ce contexte.

• C’est-à-dire ?

•• Jacek OlczakNotre priorité reste de développer et de commercialiser nos nouveaux produits qui représentent des alternatives à la cigarette que l’on brûle, des produits comme le tabac chauffé ou les cigarettes électroniques. Et de faire en sorte qu’ils remplacent les cigarettes le plus rapidement possible. 

Ces alternatives sans combustion ont enregistré un taux de croissance très élevé l’an dernier pour atteindre 24 % de notre activité. Sur le premier trimestre 2021, la croissance s’est poursuivie pour atteindre 28 % de nos ventes. Des résultats qui sont supérieurs à nos attentes. En Europe, la part de marché du tabac chauffé a atteint 5 % à la fin de l’année 2020 (voir 28 avril 2021). 

• La croissance de cette activité ne va pas se ralentir ?

•• Jacek Olczak : Au contraire, nous pensons qu’il pourrait y avoir un effet boule de neige avec une accélération de la croissance. Nous sommes partis de zéro il y a cinq ans, et nous pouvons anticiper que d’ici cinq ans nous réaliserons la moitié de notre chiffre d’affaires avec ces alternatives qui réduisent de près de 95 % les émissions de substances nocives. 

Au Japon, le tabac chauffé est devenu notre première référence, trois fois plus importante que notre première marque de cigarettes, avec 23,4 % de parts de marché. Et au Japon, les cigarettes sans combustion dans leur ensemble représentent déjà plus de 30 % du marché (voir 10 mai 2021). 

• Quels sont vos autres axes de réflexion ?

•• Jacek Olczak : D’ici 2025, nous pensons pouvoir générer un milliard de dollars de revenus supplémentaires en valorisant notre R&D dans d’autres domaines que la nicotine.

Nous travaillons, par exemple, sur l’inhalation et l’on sait que plutôt que d’avaler une pilule ou de subir une piqûre, on peut administrer ainsi des médicaments de façon plus efficace. Via des comités scientifiques, des acquisitions ou par croissance organique, nous pouvons mieux valoriser nos connaissances.

Tout cela doit contribuer à réduire notre dépendance au marché de la cigarette. Tout comme Nokia, qui est né dans l’industrie papetière, a su se réinventer, PMI pourrait aussi un jour ne plus être associé à la cigarette.

• Où en sera le marché du tabac dans dix ans ?

•• Jacek Olczak : Je ne serai pas surpris que dans les cinq ans qui viennent, la cigarette classique ne soit plus en vente dans un ou deux pays. Dans dix ans, on ne trouvera plus de cigarettes dans une dizaine de pays. On va vivre ce qu’on a vécu avec la fin des ampoules à filament en Europe. Et on voit bien des pays qui parlent d’interdire la voiture à moteur à explosion d’ici une dizaine d’années.

Tout est prêt au sein de PMI pour réussir cette transition. C’est pour cela que 99 % de nos efforts de R&D sont consacrés aux produits sans combustion.

• Mais la cigarette reste-t-elle un marché important ?

• Jacek Olczak : Même si en pourcentage le nombre de fumeurs baisse, le simple fait qu’il y ait une croissance démographique mondiale fait que le nombre global de fumeurs ne recule pas.

C’est pour cela que nous pensons qu’il est primordial de favoriser le développement d’alternatives comme le tabac chauffé, qui permet à 70 voire 80 % des fumeurs d’arrêter définitivement les cigarettes traditionnelles. Aujourd’hui, notre alternative de tabac chauffé ne représente que 3 % du marché mondial, en excluant la Chine. Il faut que d’autres acteurs viennent comme nous sur ce marché et qu’ils l’aident à se développer.

• Les cigarettiers peuvent-ils être crédibles quand ils affirment pouvoir présenter des produits meilleurs pour la santé ?

• Jacek Olczak : La FDA aux États-Unis a évalué de façon claire et indépendante le rapport bénéfice-risque du tabac chauffé et notre partenaire Altria va pouvoir accélérer la commercialisation de ce produit (voir 18 décembre et 29 juillet 2020)

Ils vont pouvoir dialoguer avec les consommateurs et expliquer les mérites de cette solution, ce qui reste impossible en France. Ici, nous n’avons pas le droit légalement d’éclairer les choix des consommateurs.

Certains critiquent les résultats de nos recherches en disant que nos scientifiques ne sont pas indépendants. C’est faux. L’industrie pharmaceutique travaille ainsi. Elle développe des produits, elle les teste … mais elle reste sous le contrôle d’un régulateur qui doit surveiller et évaluer.