Juste avant l’examen du projet de loi de Santé de Marisol Touraine au Sénat, Paris Match fait le point sur les revendications des associations françaises de lutte contre les addictions et des usagers de la cigarette électronique.
• Dans un communiqué commun, elles ont appelé le gouvernement à revoir sa copie sur les mesures qui « brident l’usage » de la cigarette électronique (voir Lmdt du 27 août) et « à suivre l’exemple anglais » suite à l’étude officielle du Public Health England (voir Lmdt du 19 août).
« Cette étude tord le cou à toutes les rumeurs sur la nocivité, sur le risque d’inciter les jeunes à fumer, et sur le danger pour les non-fumeurs » renchérit le tabacologue Philippe Presles (photo), expert de la cigarette électronique et membre du comité scientifique de SOS Addictions et de l’Aiduce, associations signataires du communiqué.
« Fait important et nouveau, c’est une autorité gouvernementale qui publie ces résultats, celle d’un pays dont le plan de lutte contre le tabac est exemplaire (…) En France, 60% des fumeurs croient qu’elle est plus dangereuse. C’est effrayant ! », s’inquiète Philippe Presles, « en Grande-Bretagne, ils sont un tiers. On voit que ce pays a mieux défendu la cigarette électronique. Là-bas, il n’y a pas de restriction sur les lieux ou sur les dosages en nicotine ».
« Tant que la cigarette électronique se développait, les ventes de tabac chutaient. Cette année, une majorité de Français pensent qu’elle est plus dangereuse que la cigarette classique et les ventes de tabac sont reparties à la hausse. C’est un échec du gouvernement », estime encore Philippe Presles, « nos politiques ne comprennent pas qu’on ne peut pas faire que de la dénormalisation. Cela s’apparente à de la prohibition : on veut tout interdire autour de la cigarette et, par extension, on assimile la cigarette électronique au tabac ».
• L’addictologue William Lowenstein, président de Sos Addictions, parle de traumatisme français : « qu’il y ait en France un plan national antitabac, enfin structuré, c’est une très bonne nouvelle. Mais il nous faut arrêter avec ce principe de précaution par rapport à la cigarette électronique, qui nous paralyse. Nous sommes toujours sous le traumatisme du Médiator ou du sang contaminé, qui fait que dès qu’il y a quelque chose de novateur, le premier réflexe en France est de se demander si on est bien dans un risque zéro. Nous devons considérer l’évaluation bénéfice-risque. Il est évident que les bénéfices seront mille fois supérieurs aux risques. La recherche sous l’angle du risque zéro devient le symbole de la recherche zéro ».
• « Jusque-là, les députés sont restés sourds à tous nos appels », explique Brice Lepoutre, président de l’Aiduce (Association des utilisateurs de cigarette électronique), « aujourd’hui, certains sénateurs se sont montrés attentifs à l’étude britannique. Si lundi, rien n’est retenu dans les amendements, ce sera plus difficile de se battre ensuite. C’est maintenant que ça se joue » (voir Lmdt du 11 septembre).




