« L’erreur essentielle que l’on fait est de considérer qu’il suffit de provoquer des prises de conscience pour modifier les comportements. Mais ce n’est pas vrai ». Cet avis émane de Robert-Vincent Joule (photo), chercheur du laboratoire de psychologie sociale de l’Université Aix-Marseille et l’un des théoriciens de la « communication engageante ».
Selon laquelle, pour transformer l’idée en acte, il faut conduire les personnes à réaliser « un acte préparatoire » et les amener à s’engager publiquement. Tant il est vrai que lien entre les idées et les actes n’est pas direct, encore faut-il le produire.
L’idée a été mise en évidence, dès les années 40, par un psychologue américain, Kurt Lewin. Et pour preuve, Robert- Vincent Joule s’en réfère à une expérience au long cours, réalisée aux Etats-Unis. Afin d’être sensibilisé aux dangers du tabac, un groupe d’enfants sélectionnés a suivi, de 8 à 18 ans, un total de 65 séances d’information (des films abominables à une simple pédagogie adaptée, etc.). In fine, quand on a évalué l’efficacité de l’expérimentation sur deux critères (Fument-ils ? Combien de cigarettes ?)… il n’est apparu aucune différence avec le reste de la population des adolescents.
A l’inverse, Robert-Vincent Joule et ses collaborateurs ont démontré les résultats probants de la « communication engageante », à travers plusieurs opérations de terrain.
La première : une opération, en 2009 sur trois plages de Marseille, relative aux mégots. Ainsi, les vacanciers sensibilisés à la propreté – par un stand « classique » proposant notamment des brochures – ont néanmoins continué à utiliser le sable comme « cendrier ». En revanche, lorsque les utilisateurs ont, au préalable, été invités à remplir un questionnaire, puis … à signer une charte d’engagement, le nombre de mégots abandonnés sur le sable a été divisé par deux, selon une estimation menée sur place.
« L’acte préparatoire, s’il est bien choisi, débouche sur le comportement attendu » commente le chercheur en citant une autre expérience – dans le domaine de la consommation énergétique – en région PACA. Dans une ville moyenne, élus, enseignants, commerçants s’étaient engagés à en mobiliser d’autres pour réaliser une action précise en faveur de l’environnement.
Un dimanche, les habitants ont été invités à signer un grand bulletin d’engagement collectif , symbolisé par un soleil, accroché ensuite sur un filet , tendu place de la mairie. Résultat : en un an, l’augmentation de la consommation énergétique par foyer n’a été « que » de 5,5%, dans cette commune, contre 13,6% dans une ville où il n’y a eu que de la communication classique sur le sujet.
À creuser.




