Nouvelle vague de supposées « révélations », après « l’affaire du Club des parlementaires amateurs de Havane » de la semaine dernière (voir Lemondedutabac des 2 juin et 9 juin). Le site Slate.fr publie une « soit-disante » enquête, menée par deux journalistes (et déjà publiée la semaine dernière dans Lyon Capitale) sur un financement ponctuel d’Interpol par l’industrie du tabac. De quoi s’agit-il ?
• Le point de départ : un courrier de l’OMS, daté d’avril, critiquant Interpol (dont le siège mondial est à Lyon) pour son partenariat avec l’industrie du tabac. En l’occurrence, une contribution financière (15 millions d’euros sur trois ans) de Philip Morris pour aider l’organisation policière à lutter contre la contrebande de tabac. Sujet qui est loin d’être secret, puisque nous en avions fait état à l’époque, comme d’autres médias (voir Lemondedutabac du 25 juillet 2012). Selon des délégués de l’organisation, les Etats membres de l’OMS, eux, n’auraient eu connaissance du texte … qu’en novembre 2012, le matin même de la réunion à Séoul entérinant le protocole d’accord international de lutte contre la contrebande de tabac. Résultat : pour cause de doutes sur des conflits d’intérêts et sur l’indépendance de l’institution , « la demande d’Interpol pour accéder au statut d’observateur à la Convention de l’OMS aurait été reportée en 2014 » assure Slate.fr.
• Autre sujet de polémique : le choix du système de détection des contrefaçons « Codentify » (voir Lemondedutabac de ce jour), validé par les grands de l’industrie du tabac et utilisé par Interpol dans sa lutte contre le trafic illicite de cigarettes ». Concernant l’industrie du tabac, Luk Joossens (expert belge sur le trafic illicite) n’hésite pas à assurer qu’elle « se met en mesure de contrôler elle-même la traçabilité auprès des autorités ». Quant à Ronald Noble, son secrétaire général américain, il est « accusé » de faire la promotion de « Codentify » dans toutes les conférences internationales … alors que le système est seulement en cours de lancement.
• Sur les dons du privé à Interpol : Ronald Noble explique que, depuis son arrivée en 2000, il a dû donner un « second souffle » à une institution au budget très limité (70 millions en 2012 contre 84 millions d’euros pour l’organisation régionale Europol).
D’où, effectivement, la multiplication des partenariats publics/privés (20,7% du budget en 2012 contre 13% en 2011) qui viennent compléter les contributions des Etats (la France, le plus gros contributeur, verse 3,2 millions en 2013). Parmi les partenaires, on peut citer la Fifa (10 millions d’euros en 2001), le comité de la Coupe du monde 2022 au Qatar (10 millions de dollars en 2012) et … l’industrie pharmaceutique (4,5 millions en 2013).
Comme on peut le constater, ces « révélations » ne vont pas très loin …
Mais, pour les rédacteurs de Slate, les différents partenariats de l’industrie du tabac liés à la lutte contre la contrebande (« comme les dons à l’UE en 2004 ») ne serviraient qu’à se refaire un crédit « après des décennies de scandales, de lobbyisme et de rapports scientifiques biaisés, révélés par les Tobacco Documents ». Et de pouvoir « continuer à organiser la contrebande de cigarettes détaxées ». Chanson bien connue …




