D’un point à l’autre du territoire national, le marché parallèle du tabac est omniprésent mais peut prendre aussi des formes différentes. Prenons le cas d’un département particulièrement sensible, les Pyrénées-Orientales. A Perpignan, prés de la moitié du tabac consommé n’a pas été acheté chez un buraliste … Les achats en Espagne et surtout les trafics venant d’Andorre, voire du Maghreb, alimentent la consommation (estimée localement à 25 millions de paquets).
Dans le Midi Libre de ce jeudi 21 janvier, Alain Lirola (président de la chambre syndicale des buralistes des Pyrénées-Orientales) et Didier Martinez (chargé de communication à la direction régionale des douanes de Perpignan) font part de leur analyse quant à l’organisation de ce trafic. Extraits.
• « Les Pyrénées-Orientales abritent des gros trafics, d’Andorre et des pays du Maghreb, par des bandes organisées pour la haute délinquance », affirme Alain Lirola, Du coup, il estime la part de l’achat licite transfrontalier – autrement dit les cartouches ramenées d’Espagne par les particuliers – nettement moins pénalisant pour le commerce officiel car « personnel ». Voire, au pire, symptomatique d’« amateurisme ».
• Les douanes insistent sur le phénomène andorran : sur les 7,7 tonnes de cigarettes saisies aux frontières locales en 2014, plus des deux tiers concernaient l’importation en contrebande depuis la Principauté à destination de clients des Pyrénées-Orientales et de Midi-Pyrénées. Dont 20 % de tabac à rouler et 900 kilos de tabac à chicha.
« Les ventes illégales de tabac sont impossibles à chiffrer. Les saisies nous permettent seulement de faire des estimations », poursuit Didier Martinez, plutôt sceptique quant à des trafics d’ampleur organisés sur le département.
« On a des petits habitués de la contrebande ici, des récidivistes, mais pas de bandes quasi professionnelles comme en Midi-Pyrénées », estime le douanier notant une diminution incontestable des prises depuis l’état d’urgence et le rétablissement des contrôles aux frontières. « En ce moment, les passeurs vont beaucoup à pied, de nuit, par la montagne. Ils transportent entre 100 et 200 cartouches chacun, dans de grands sacs à dos de sport, mais ils n’échappent pas pour autant à nos caméras thermiques de surveillance », poursuit-il.
• Pour 2015, les chiffres officiels n’ont pas encore été divulgués mais Didier Martinez a une certitude : les gros convois – comme ceux en provenance de Chine interceptés en transit, il y a quelques années, ou, plus récemment, ceux d’Ukraine et de Bulgarie – ont provisoirement disparu.
Quant à l’Espagne, elle pratique des tarifs encore intéressants pour les Catalans mais pas pour une contrebande massive, compte tenu des risques encourus : une peine de dix ans d’emprisonnement plus la saisie de la marchandise et celle du moyen de transport, assortie d’une amende pouvant monter jusqu’à cinq fois la valeur de la prise, calculée au prix de la France.




