En grande forme Le Figaro ! Que cela soit pour annoncer, de façon abusive, les paquets génériques comme déjà acquis en Grande-Bretagne (voir Lemondedutabac du 5 avril) ou pour remettre en cause les enquêtes tendant à l’innocuité de la cigarette électronique (voir Lemondedutabac du 22 avril) …
••• Hier, vendredi 25 avril, le quotidien consacre une page entière à la publication en France du livre « Golden Holocaust », basé sur les archives de l’industrie américaine du tabac, et dont le propos consiste à dénoncer les « noirs complots » de cette dernière, désignée comme une sorte de mal absolu. Un livre à charge, sans nuances ni rappels de contexte. Ce qui lui a valu un succès modéré en librairie où l’ouvrage est sorti il y a plus d’un mois (voir Lemondedutabac des 15 et 19 mars).
En guise de relance de promotion, Le Figaro a donc réalisé une grande interview de l’auteur, l’ardent militant anti-tabac américain et professeur d’histoire Robert N. Proctor. En se gardant bien de l’interroger sur le choix douteux du terme « holocauste », dans son titre, dont l’évocation peut prêter à polémique (voir Lemondedutabac des 19 et 24 mars). Mais plutôt pour laisser l’auteur proférer les affirmations qui composent son argument. Ceci, sous un grand titre, conjugué au présent : « l’industrie du tabac est un État dans l’État ».
Rappelons que son travail est issu de l’examen d’archives des grands cigarettiers américains, tombées dans le domaine public il y a 24 ans. Et le lecteur d’être frappé, au fur et à mesure du dialogue entre la journaliste et Proctor, par une succession de phrases-choc. Exemples :
. « il n’existe aucune partie de la société qui n’ait pas été corrompue par l’industrie du tabac que ce soit la science, la politique, la justice ou l’armée »
. « l’introduction de la cigarette américaine était l’une des bases du plan Marshall »
. « une grande partie de l’argent des nazis venait des taxes sur le tabac »
. « 25 Prix Nobel ont reçu de l’argent des producteurs de cigarettes américains ».
Avec un message « subliminal » unique : l’industrie du tabac et, par extension, la filière tabac représentent la source viciée de toutes les manipulations et l’origine de la plupart des maux en ce bas monde.
••• Le plus important est dans ce que suggèrent cet article et sa mise en valeur spectaculaire : il serait de salubrité publique de « faire taire » la filière tabac et ses représentants. Traduction dans le jargon médiatique courant : interdire le « lobbying du tabac ».
Comme si l’activité tabac n’était pas la plus encadrée, la plus réglementée et la plus contrôlée qui soit. La plus surveillée aussi.
Comme si, par exemple, on avait oublié que parmi les cent plus gros budgets de lobbying investis actuellement auprès de l’Union européenne, un seul relève de l’industrie du tabac (voir Lemondedutabac du 28 septembre).
Comme si on voulait remettre en cause le fait que le droit pour les entreprises de participer aux débats de société soit reconnu par les juridictions suprêmes européennes et la Cour de cassation.
Pourvu que Le Figaro ne nous apprenne pas qu’Aquilino Morelle, l’ex-conseiller de François Hollande, se soit trouvé en quelconque conflit d’intérêt avec un cigarettier !




