La cigarette fait son grand retour comme accessoire féminin chic et rebelle. Longtemps associée au danger sanitaire, elle redevient un marqueur de style dans la pop culture contemporaine, au risque de ringardiser des décennies de prévention.
C’est ainsi que débute un sujet de Constance Vilanova sur France Info (le 28 janvier) que nous reprenons.
Elle s’appelle Sylvie Grateau. Parisienne, quinquagénaire, directrice d’agence de mode, elle est l’autre héroïne d’Emily in Paris, vue par plus de 60 millions de foyers dans le monde. Icône d’un Paris fantasmé, autoritaire et sophistiqué, elle rencontre l’amour… dans un bureau de tabac.
La cigarette ne la quitte jamais. Elle ponctue ses silences, affirme son pouvoir, signe son allure. À l’écran, elle n’est ni un vice ni un danger, mais un attribut narratif.
Longtemps boudée par les plus jeunes générations, la cigarette réapparaît, en 2026, partout.
La première cause de mortalité évitable devient un objet esthétique. Elle s’affiche sur les réseaux sociaux, accrochée aux doigts de Dua Lipa sur Instagram, stylisée dans le clip Manchild de Sabrina Carpenter, filmée avec lenteur, presque avec élégance. La cigarette ne sert plus à provoquer, mais à composer une image.
Même Beyoncé a été vue cigarette à la main sur la scène du Stade de France, lors de sa tournée Cowboy Carter. Un geste bref, mais hautement symbolique. Quand l’icône la plus contrôlée de la pop mondiale mime la cigarette, elle lui redonne une valeur culturelle. Fumer devient un signe de liberté, de puissance, de désinvolture.
De la « clean girl » à la « messy girl », le retour du désordre chic
Ce retour de flamme s’explique aussi par un basculement esthétique.
Pendant plusieurs années, les réseaux sociaux ont glorifié la figure de la « clean girl » : routines de soins à l’aube, alimentation parfaite, corps discipliné, peau impeccable. Un idéal de contrôle permanent, présenté comme une réussite morale autant que physique.
Ce modèle lisse est aujourd’hui rejeté au profit d’un nouveau récit : celui de la « messy girl ». Une féminité plus brute, plus rock, plus désordonnée. Dans ce contexte, la cigarette redevient un symbole de relâchement, de refus de la performance, d’imperfection assumée. Elle incarne une forme de transgression douce, esthétique, presque nostalgique.
Un récit qui n’est pas sans rappeler les stratégies historiques de l’industrie du tabac. Dès les années 1950, les fabricants ont vendu la cigarette comme un accessoire d’émancipation féminine. Dans les années 1970, alors que la publicité directe est progressivement interdite, ils contournent les règles en finançant films et séries. Le cinéma devient un relais majeur : James Bond ou Basic Instinct bénéficient de fonds de géants comme Philip Morris ou British American Tobacco. La cigarette disparaît des affiches, mais s’installe durablement dans les récits.
Quand l’esthétique devient une publicité déguisée
Cette omniprésence n’est pas neutre.
Selon un dossier publié en mai 2025, par l’Alliance contre le Tabac, chaque scène agit comme une publicité implicite. L’Amour ouf, film très populaire chez les adolescents, cumule 11 minutes de tabagisme à l’écran. Stranger Things, sur Netflix, compte plus de 260 scènes de cigarette. Une exposition massive, souvent déconnectée de toute conséquence sanitaire.
En complément à cette information de France Info, on rappellera que le dernier baromètre 2024 de Santé publique France (voir 20 octobre 2025) indique que chez les jeunes adultes de 18 à 29 ans, la proportion des fumeurs quotidiens est passée de 29 à 18 % entre 2021 et 2024.




