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4 Avr 2024 | Profession
 

Dans un interview à Sud-Ouest, Philippe Coy commente la décision de supprimer la limite dune cartouche ramenée de l’étranger (voir 29 mars) et appelle à un moratoire sur la fiscalité des cigarettes.

•• La fin de la limitation à une cartouche importée est une très mauvaise nouvelle pour les buralistes français…

Philippe Coy : Cest toujours une mauvaise nouvelle quand on parle du marché parallèle. LEurope a contraint la France à lever sa réglementation sur la limitation du transport du tabac à une cartouche que nous avions obtenue en 2020. Mais ma première crainte, c’était que lon retire aux douaniers des moyens de contrôler. De ce point de vue-là, jai la satisfaction de voir que la France sest dotée de nouveaux moyens pour maintenir la pression et les contrôles. Il est important de rappeler – à contrario de ce que je peux lire ici ou là – que ce nest pas « open bar »

•• Malgré tout, il ny a plus de référence à la quantité …

Philippe Coy : Oui, un État membre ne peut pas limiter en dessous de quatre cartouches, cest pour ça que la France a été mise en défaut. Le décret aujourdhui ne fait pas référence à un seuil de quantité, puisque cest contraire au droit européen, mais à 12 faisceaux de concordance, les douaniers peuvent continuer à contrôler, verbaliser et saisir des marchandises destinées au commerce.

•• La difficulté, cest de le prouver…

Philippe Coy  : Tout à fait, cest pour cela quil y a plusieurs indicateurs.  Si le produit est dissimulé dans la voiture, par exemple, on peut imaginer que cest fait à des fins commerciales. Sil y a plusieurs marques, idem … un consommateur fume généralement la même marque.

Lautre solution, cest que lEurope révise ce Droit communautaire et ramène le seuil de franchise européen à une cartouche. Cela fait plus dun an que jai ouvert ce chantier. Trois révisions de Directives sur le tabac vont être étudiées par le nouveau Parlement européen, notamment le texte de 2011 qui encadre les droits dassise, cest-à-dire les méthodes de perception, de fiscalité et de transport du tabac.

Jespère trouver un consensus auprès de mes homologues européens pour quon nautorise quune seule cartouche pouvant passer les frontières à lhorizon de 2025. Mais aujourdhui, la problématique est celle des écarts de prix. La situation que nous vivons a été provoquée par une politique de fiscalité plus forte sur le marché français que partout ailleurs en Europe. Cest bien pour ça que je demande depuis plusieurs mois un moratoire de la fiscalité tabac. 

•• Ce relâchement sur le nombre de cartouches va avoir des conséquences très dures pour les buralistes des départements frontaliers comme les Pyrénées-Atlantiques…

Philippe Coy  : Oui, et même au-delà. Le phénomène quon a pu dénoncer depuis maintenant vingt ans, ce sont ces véhicules qui partent de Gironde ou de Charente-Maritime pour aller en Espagne ou en Andorre, Principauté qui nest pas régie par les règles communautaires et dont  la limitation à la frontière correspond à une cartouche et demie par personne.

Bien évidemment, cette annonce laisse un goût amer et une inquiétude, mais on est dans l’émotion. Je ne pense pas que cette annonce poussera les consommateurs à aller encore plus à l’étranger. Mais ce qui est certain, cest que ça envoie un mauvais signal.

•• Dans notre région, on connaît bien l’écart de prix entre la France et lEspagne…

Philippe Coy : Oui, il est du simple au double. Ceci étant dit, il y a aujourdhui des mouvements encourageants sur les prix dans dautres pays européens. La Belgique va augmenter ses tarifs de 2 euros à lhorizon de mai 2024. LEspagne a présenté un plan de lutte contre le tabac qui prévoit notamment la hausse de la fiscalité et les paquets neutres. Mais, pour réduire les écarts, il faut que la France arrête d’être le leader en termes de prix. Je lai dit à plusieurs reprises à notre ministre délégué, Thomas Cazenave.

•• Quelle est la proportion de cigarettes achetées à l’étranger ?

Philippe Coy : Cest difficile de le déterminer. Ce quon sait, cest quune cigarette sur trois consommée en France nest pas achetée dans le réseau officiel des buralistes. Depuis trois ou quatre ans, on observe aussi des produits issus de la contrefaçon, cest-à-dire des copies fabriquées ici. Cinq usines clandestines ont été démantelées en France.

•• Il y a malgré tout une question de santé publique, qui ne plaide pas pour un moratoire sur le prix du tabac…

Philippe Coy : Plusieurs études viennent de montrer les effets contre-productifs de la pression fiscale. Celle-ci na pas permis dapporter les objectifs de santé escomptés. Santé publique France démontre dans un audit que la prévalence tabagique na pratiquement pas diminué ces cinq dernières années alors que nous avons connu des hausses significatives du prix du tabac en France. Cela signifie que loutil du prix nest plus adapté pour faire baisser la consommation du tabac.

•• Quelle est la priorité aujourdhui ?

Philippe Coy : La réglementation et les contrôles. Lopération Colbert II contre les trafics de tabac menée la semaine dernière a permis de saisir 27 tonnes de tabac de contrebande. La même opération lan dernier avait abouti à 9 tonnes de saisie. Laugmentation est éloquente et inquiétante. La perte totale de recettes fiscales est de lordre de 3 à 5 milliards deuros.

•• Les bureaux de tabac se sont diversifiés depuis plusieurs années, mais ça ne va pas peut-être pas suffire…

Philippe Coy  : Oui, nous avons lancé en 2018 un grand plan de Transformation  qui adapte le réseau des buralistes. Ces derniers continuent de distribuer du tabac mais répondent aussi à dautres demandes, proposant des services publics ou marchands. Cette Transformation fonctionne, mais elle est plombée par les écarts du marché du tabac qui détournent les consommateurs français du réseau de buralistes.