La contrebande « à toute vitesse » entre Gibraltar et l’Espagne : lepoint.fr illustre par un reportage « en live » la tension actuelle entre l’enclave britannique et Madrid (voir Lemondedutabac des 6, 7 et 14 août).
Démarrage digne d’un film : le long des 1 500 mètres de plage allant de La Línea de la Concepción au « Rocher », deux hommes, juchés sur un scooter de mer, foncent tête baissée poursuivis par la police. A quelques mètres de l’arrivée sur la partie espagnole, le patrouilleur de la police de Gibraltar tente de les bloquer contre une jetée. Mais le scooter esquive et s’échappe sans pouvoir toutefois sauver la cargaison de tabac qui tombe à la mer …
A chaque voyage, Jaime et Miguel peuvent transporter entre deux et cinq cartons de 500 paquets de cigarettes. Salaire : dix euros par carton. A La Línea de la Concepción, sept hommes les attendent, entre bateaux de pêcheurs et voiliers des vacanciers, pour charger la marchandise dans des voitures. Le tout en pleine lumière, à la vue de tous.
« Je fais ça depuis tout petit, mais avec le scooter depuis seulement cinq ans », raconte Jaime. « Si tu nais dans un endroit où il y a de l’agriculture, tu deviens agriculteur, et si tu nais dans un lieux comme ici, où il n’y a pas de travail mais où il y a un peu de contrebande, ben … tu fais ça ».
Le tabac, venant d’Angleterre, est entré légalement à Gibraltar pour être vendu par les commerces du petit territoire britannique de 7 km2, précise l’article. Les contrebandiers s’y fournissent en grande quantité, à un prix officiel bien inférieur à celui de l’Espagne. Une cartouche qui coûte 20 euros Gibraltar vaut plus du double en Espagne.
Pour la police espagnole, le chômage, qui a atteint 35,8% en Andalousie, « a fait que le profil des contrebandiers a changé … Avec la crise, des gens ordinaires s’y sont mis ». Sans fournir de chiffres, elle estime que les saisies ont doublé l’année dernière, à la frontière entre l’Espagne et Gibraltar. Dans des bottes, ceintures, ou derrière les roues des voitures, la contrebande à petite échelle par la voie terrestre est la plus commune, mais elle n’est pas la seule. « Ils sortent le tabac, même en sautant la clôture qui séparent les plages » de l’Espagne et Gibraltar, détaille un responsable de la police.
Mais pour l’historien Tito Vallejo, la crise n’est pas la seule explication. Il rappelle les contrebandiers du XIXe siècle immortalisés par Bizet dans son opéra Carmen : « A cette époque, c’était le tabac en feuille ou haché qui passait de Gibraltar à l’Espagne, à cheval à travers les montagnes ».
Oui, mais pas dans les mêmes quantités …
Oui, mais pas au détriment d’un système de distribution du tabac, organisé et réglementé, comme en Espagne aujourd’hui.




