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L’interdiction par le Gouvernement de la vente des fleurs et des feuilles brutes de chanvre contenant du CBD, la molécule non-psychotrope du cannabis (voir 1er, 2 et 5 janvier) plonge dans le désarroi et la stupéfaction les acteurs de cette filière, selon l’AFP dans une dépêche signée Nicolas Kienast et Thomas Gropallo. Extraits.

« On nous pond cet arrêté le 30 décembre et le 2 janvier il faudrait avoir vidé nos stocks, ne plus vendre ? », s’indigne Brice Verdier, le propriétaire du magasin CBD’eau, dans le 15e arrondissement de Paris. « Si demain j’arrête toutes les infusions (ndlr : à base de feuilles), sans parler de fleurs brutes ni de résine, au lieu d’embaucher quelqu’un, je ferme la boutique », menace-t-il.

•• Sur les étagères de son commerce se côtoient huiles, confiseries et produits cosmétiques à base de CBD, ce « cannabis light » aux vertus présentées comme relaxantes et qui séduit de plus en plus de consommateurs. Parmi eux figurent aussi des produits désormais interdits : des infusions et variétés de fleurs, qui représentent plus des deux-tiers des références et 80 % du chiffre d’affaires du magasin (…)

La France comptait quelque 400 boutiques de CBD (ou cannabidiol) début 2021, il en existe désormais quasiment quatre fois plus. Le chiffre d’affaires du secteur est estimé par les syndicats à un milliard d’euros, les deux-tiers tirés de la commercialisation des fleurs et feuilles brutes.

•• Malgré leur prohibition par l’arrêté du ministère de l’Intérieur, Brice Verdier a « décidé de continuer » à les vendre, alors que les syndicats, persuadés de leur bon droit, sont engagés dans un long combat judiciaire depuis plusieurs années.

« Très clairement il y a un esprit de résistance, notamment car il y a la certitude absolue de l’illégalité de cet arrêté au regard notamment du droit communautaire » explique ainsi Charles Morel, président de l’Union des professionnels du CBD (…)

•• Aurélien Delecroix, président du Syndicat professionnel du Chanvre, balaie également les arguments du gouvernement en matière de santé publique (les fleurs se fument) et d’ordre public (les forces de l’ordre ne peuvent faire la distinction avec le cannabis « stupéfiant »).

Sur le premier point, « il faudrait aussi interdire le tabac et les autres plantes à fumer », souligne-t-il. Pour le second, « des tests de détection des taux de THC rapides existent déjà », qui permettent de différencier en quelques minutes le CBD du cannabis « stupéfiant », assure M. Delecroix. Selon le responsable, une telle interdiction va « contre l’objectif du gouvernement de lutter contre le trafic de stupéfiants » puisqu’elle priverait d’anciens fumeurs de substitut au cannabis (…)

Si les buralistes ne montent pas au créneau, l’arrêté provoque aussi la colère des petits agriculteurs, dont les débouchés sont réduits à la seule production de chanvre pour l’extraction de la molécule de CBD (réutilisée dans les produits dérivés). Une production bien plus coûteuse et bien moins rentable.

C’est une « catastrophe à contre-sens de l’histoire », déplore ainsi le Creusois Jouany Chatoux, pour qui ce texte condamne tout espoir d’une « filière française de production ».