La diffusion, ce mardi 7 octobre au soir, de l’émission « Cash Investigation » n’a pas dérogé à ce que l’on en attendait. Une scénarisation maximale de l’information pour construire une histoire à charge : « Industrie du tabac, la grande manipulation » (voir Lmdt des 5 et 7 octobre).
Les producteurs de l’émission ont pu facilement arriver à leurs fins en usant d’un montage habile enchaînant des séquences, où les interlocuteurs sont systématiquement mis sous pression, avec des spots d’images extérieures destinées à les ridiculiser (des extraits de films comiques, par exemple) : l’industrie du tabac en ressort encore un peu plus diabolisée et stigmatisée. Alors que nous avons affaire à une activité légale.
Pire : l’émission vise explicitement à faire passer l’image d’une « industrie délinquante ». On aura même été jusqu’à la comparer à Pablo Escobar. Ce qui relève d’un parti pris violemment polémique. Et le propre de la polémique, c’est qu’elle développe un climat émotionnel empêchant par ailleurs de rebondir sur les vraies questions.
Qu’a-t-on voulu prouver avec cette émission ? Que les institutions européennes sont sous influence de l’industrie du tabac (travail de lobbyistes ; accord financier entre fabricants et l’Office européen de Lutte anti-Fraude de 2004 ; soupçons sur l’obscure affaire Dalli) ? Mais, alors, pourquoi le texte de la Directive Tabac a-t-il, en définitive, été adopté ?
Que les institutions françaises sont, elles aussi, sous cette influence maléfique ? Mais alors pourquoi Marisol Touraine vient-t-elle de nous annoncer les paquets neutres (génériques), mesure qu’aucun autre pays d’Europe continentale n’envisage pour le moment ?
A moins de chercher à transformer tout débat sur le tabac en un combat perpétuel entre une « industrie forcément diabolique » et le reste du monde ? Ce qui permettrait d’occulter tout échange, toute question, sur l’efficacité des politiques anti-tabagiques, telles qu’elles sont conduites actuellement. Ce qui fait aussi oublier le rôle joué par un nouvel acteur que cette émission de 110 minutes n’a pas évoqué : le marché parallèle.
A suivre.




