« La caméra capte impitoyablement les regards fuyants, les fronts en nage, les sourires crispés, les dénégations maladroites ». Tout est dit. Ce commentaire de l’un des journalistes du Monde qui a pu visionner en avant-première le « Cash Investigation » de ce soir (« L’industrie du tabac : la grande manipulation », sur France 2, voir Lmdt des 6 et 5 octobre) est révélateur.
Il s’agit de « mettre en scène l’information », de grossir certains détails et de suggérer tant par le ton du commentaire que par la couleur des images afin de soumettre un simple reportage à une histoire dramatique pré-écrite. Pour le coup, on est bien confronté à une forme de manipulation.
L’essentiel du sujet porte sur le lobbying mené par les cigarettiers, à Bruxelles, lors du processus d’élaboration de la dernière Directive tabac. Avec un traité, dans le montage, visant à mettre en exergue certains messages à partir de faits objectifs : affaire Dalli (voir Lmdt des 9 juillet 2014 et 30 avril 2013) ; relations entre les institutions européennes et les grands groupes industriels ; importance des moyens mis en œuvre par ces derniers pour peser sur les décisions de ces institutions elles mêmes gigantesques et au fonctionnement ultra-compliqué.
Pour remettre tout cela dans son contexte, on rappellera que :
• toute entreprise, comme tout citoyen, est en droit de suivre très précisément les travaux et les prises de position des parlementaires européens. A fortiori, quand leurs intérêts sont en jeu. D’ailleurs, il existe des sites spécialisés dans ce suivi, disponibles auprès du grand public ;
• la Directive tabac européenne a été adoptée – en définitive et sans drames – contre l’avis des fabricants et des acteurs de la filière tabac, les buralistes au premier rang (voir Lmdt du 29 avril). Et c’est par le coup de force ainsi que par la duplicité (à l’encontre des buralistes) que Marisoĺ Touraine va plus loin avec ses « paquets neutres » (voir Lmdt du 25 septembre).
Dans ce « Cash Investigation », l’ancien eurodéputé Gaston Franco répond sans complexe, « nous avons quand même une marge d’appréciation. J’ai l’impression d’être mieux informé quand un lobbyiste sort de mon bureau. N’importe quel commercial a un fichier client. Et dans cette affaire, le client c’est moi ».
Le bon sens est bien la meilleure protection contre la manipulation. D’où qu’elle vienne.




