Philippe Coy était en déplacement ce vendredi 2 février dans le Haut-Rhin, accompagné du député Frédéric Valletoux (Horizons, Seine-et-Marne) initiateur d’une proposition de loi visant à instituer des quotas de livraison en fonction de la consommation réelle (voir 14 novembre 2023).
Un rendez-vous hautement symbolique au lendemain d’une nouvelle hausse des prix du tabac et sur un territoire frappé par les achats frontaliers … Il s’en est expliqué dans L’Alsace.
•• Quel est le but de cette visite dans un bureau de tabac-presse à Ottmarsheim ?
Philippe Coy : Prendre le pouls de la profession et plaider pour un moratoire fiscal, la France étant le deuxième pays de l’Union européenne où le tabac est le plus cher après l’Irlande. La détresse est là. En quinze ans, 10 000 établissements ont fermé tandis que la dépendance tabacologique a peu baissé.
Toutefois, jouer sur le seul prix du tabac ne suffit pas. Il faut élargir le spectre des actions, étant rappelé par M. Valletoux que sur les 49 milliards de cigarettes consommées chaque année en France, 31 milliards viennent des livraisons officielles, le reste provenant du marché parallèle, avec une fiscalité qui échappe de fait à l’État. C’est encore plus vrai en zone frontalière, comme ici à 2 kilomètres de l’Allemagne, mais aussi, avec l’Espagne ou le Luxembourg où les cigarettes sont moins chères. À titre d’exemple, le Luxembourg reçoit six fois plus de cigarettes qu’il n’en consomme : le reste part à l’étranger.
Courant décembre, Frédéric Valletoux a déposé une proposition de loi pour appliquer le protocole de l’Organisation mondiale de la Santé définissant des quotas de livraison de tabac pour empêcher les cigarettiers d’alimenter le commerce parallèle. Dans la mesure où elle vise à lutter contre le déséquilibre du marché, c’est une loi de bon sens. Couplée à un gel de la fiscalité pour mettre un frein aux écarts de prix entre les pays, la loi en France serait un premier pas pour harmoniser la législation européenne, ce qui aurait vraiment une incidence sur la politique de santé.
•• Néanmoins, si la consommation de tabac baisse au niveau mondial, elle s’est aussi en partie reportée sur le vapotage avec la multiplication de boutiques spécialisées …
Ph. C. : Oui, et notre profession, trop centrée sur le tabac, a clairement raté le virage. Notre Confédération souhaite, pour une reprise en main du métier, que la nicotine soit le domaine réservé des buralistes, ce qui permettra un meilleur encadrement de sa commercialisation et par conséquent de sa consommation. Nous devons nous réinventer, cela en fait partie.
•• Qu’en est-il justement de la diversification des établissements ?
Ph. C. : Le plan de diversification a été enclenché en 2018, avec un budget alloué par l’État de 100 millions d’euros sur cinq ans, reconduit pour une nouvelle période de 2023 à 2027. Cette diversification fonctionne, elle permet d’évoluer, de faire preuve d’audace commerçante pour un accompagnement marchand des besoins des consommateurs. Elle permet aussi de résister alors que la presse se réduit, en raison notamment de la concurrence numérique.
L’expérimentation de la vente de munitions dans les bureaux de tabac, comme chez moi dans les Pyrénées-Atlantiques, va dans ce sens. Il ne s’agit pas de vendre des munitions en ville, mais là où il peut y en avoir besoin, avec un encadrement strict, sachant que 40 % des 23 000 bureaux de tabac se trouvent dans des communes de moins de 3 500 habitants. Je note que l’on peut du reste trouver des munitions sur internet …
Plus généralement, les bureaux de tabac sont parfois le dernier commerce de communes rurales où ils assurent en parallèle un relais des services publics sur le territoire en plus du relais colis. Avec leur maillage territorial et leurs amplitudes horaires, ils sont un facteur du bien-vivre ensemble.
Chaque jour, ce sont dix millions de personnes qui viennent chez nous, dont 42 % pas pour le tabac. Les confinements liés au Covid l’ont démontré : les 23 000 entrepreneurs indépendants que sont les buralistes étaient des acteurs de premier plan et la clientèle était au rendez-vous, l’absence de marché parallèle faisant au passage apparaître les besoins et la consommation réelle.




