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26 Oct 2019 | Pression normative
 

Suite à l’annonce du député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert d’une proposition de loi interdisant les cigarettes dont les filtres ne seraient pas compostables (voir Lmdt du 21 octobre 2019), BFMTV a enquêté sur la faisabilité des techniques connues actuellement. 

•• FILTRE BIODÉGRADABLE

• Guy César (ancien ingénieur agronome, spécialiste des matériaux biodégradables et président des associations SerpBio et PolyBioAid) est actuellement en train d’en tester un modèle. Celui-ci serait bel et bien biodégradable « par voie d’enfouissement en compostage industriel à 58° C » précise-t-il à BFMTV.com. « On ne m’a pas demandé de mener le test sur sol réel ou en compostage domestique mais je ne peux pas garantir que cela fonctionnerait ou pas dans d’autres conditions. »

Pour le Comité national contre le Tabagisme, un filtre compostable ou biodégradable reste un leurre : « du point de vue sanitaire, le filtre ne se justifie pas. C’est donc un déchet inutile, assure le service presse de l’association à BFMTV.com. Car même s’il est biodégradable, il contiendra toujours les produits toxiques présents dans la fumée ».

Même point de vue pour Surfrider, qui milite en faveur de la protection des océans. « En réalité, un mégot se fragmente, se décompose et dissémine sa pollution impactant la faune, la flore et les eaux, ce qui provoque une pollution chimique » explique Diane Beaumenay, chargée de mission européenne au sein de l’association. « Ses microparticules de plastique ne disparaissent jamais. »

Du côté du ministère de la Transition écologique et solidaire, remplacer les filtres existants par des filtres biodégradables est considéré comme une fausse bonne idée : « le problème, c’est que cela risque de disséminer encore plus de substances toxiques dans la nature en déculpabilisant les fumeurs. C’est l’inverse de ce qu’il faut faireIl faut bien comprendre que quand on jette un mégot, on jette du plastique. C’est un déchet dangereux au même titre que d’autre produits chimiques. »

RECYCLAGE DES MÉGOTS

Un rapport de l’Ineris publié fin 2017 concluait que les filières de valorisation étaient encore « au stade embryonnaire ». La collecte et le recyclage ne sont en effet pas encore organisés à grande échelle. De quoi arriver à la conclusion que la combustion avec d’autres déchets domestiques serait bel et bien la solution la plus efficace (ndlr).

Mais, installée à côté de Brest, MéGo! plaide pour sa solution de recyclage (voir Lmdt des 4 août et du 7 juin 2019 ainsi que du 8 juillet 2018). À l’heure actuelle, sa capacité est de 400 à 500 tonnes par an. Mais elle vise, avec sa future seconde usine,3000 à 4000 tonnes annuelles.

« Notre capacité augmente et nous sommes passés de 15 kilos à … 35-50 kilos de mégots traités par jour » assure à BFMTV.com son dirigeant, Bastien Lucas. Sa principale difficulté reste paradoxalement la collecte de mégots.

Il dénonce le « manque cruel » de points de collectes visibles. « La loi qui a interdit de fumer dans les lieux à usage collectif a mis tous les fumeurs dehors mais n’a pas prévu de dispositifs pour récolter les mégots. Il y a encore tout à faire. Sans compter que le tri est mal fait. Un mégot qui n’est pas jeté dans un cendrier ne peut être recyclé. »

Bastien Lucas souligne que le nerf de la guerre reste le financement. « Cela coûte d’installer des points de collecte. Qui doit payer ? Les collectivités ? Les fabricants ? Les consommateurs ? » s’interroge-t-il.

• Brune Poirson souhaite que les fabricants prennent en charge la gestion des déchets de leurs cigarettes au nom du principe pollueur-payeur.

Le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, qui doit être examiné en fin d’année à l’Assemblée, prévoit d’ailleurs que les producteurs contribuent à la gestion des mégots et aux campagnes de prévention et de collecte à partir de 2021 (voir aussi Lmdt des 7 juillet et 23 septembre 2019).

Concernant les initiatives des buralistes dans ce domaine : voir aussi Lmdt des 4 août et 7 juin 2019).