Autre volet de l’enquête du Dauphiné Libéré sur le trafic de tabac : fin 2024, les douaniers ont démantelé, à Bourg-lès-Valence, une usine clandestine de production de tabac (voir 20 et 21 novembre 2024).
Une opération inédite pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Comment la Drôme s’est-elle ainsi retrouvée au cœur d’une enquête sur un trafic d’une organisation internationale ?
•• Les investigations menées par la Direction nationale du Renseignement et des Enquêtes douanières (DNRED) de Lyon avaient conduit au démantèlement d’une usine illicite de production de tabac abritée sous un vaste hangar, situé dans une zone industrielle. Un bâtiment à l’écart des quartiers résidentiels et à l’abri des regards.
Sur ce site, les douaniers avaient mis la main sur cinq tonnes de tabac brut, en provenance vraisemblablement d’Europe de l’Est, sur 5 000 cartouches et sur près de 4,7 millions de paquets contrefaisants. Quatre suspects, ressortissants arméniens, avaient été interpellés.
•• « C’est une opération inédite pour la région, exceptionnelle au niveau national, avec deux autres usines démantelées en 2024 dans le nord de la France », souligne Éric Meunier, Directeur interrégional des douanes d’Auvergne-Rhône-Alpes.
« Elle a nécessité de longues investigations et observations qui ont amené à la confirmation que des personnes se faisaient livrer du tabac brut à Bourg-lès-Valence. Nous avons ainsi pu établir les trafics de tabac et de contrefaçon, avec une chaîne de production et des paquets contrefaits pour pouvoir emballer les cigarettes fabriquées. Les quatre personnes interpellées étaient des ouvriers de la fraude, des petites mains ».
•• Les nombreuses investigations qui doivent encore être menées par les enquêteurs douaniers de l’Office national anti-Fraude (ONAF) sont pilotées par le parquet de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lyon.
« Ils vont développer les investigations et remonter sur les organisateurs, les pourvoyeurs de capitaux qui ont pu installer cette usine et payer les petites mains que nous avons interpellées. Il s’agit d’une filière très organisée qui part de l’étranger, avec des relais locaux extrêmement bien installés. C’est bien une enquête à dimension internationale », complète Éric Meunier.
Pour Lysel Garnier, présidente de la fédération départementale des buralistes de la Drôme, « le démantèlement de cette usine clandestine prouve que le trafic est bien existant, gigantesque, et hélas bien implanté, même dans nos départements reculés. Pour les trafiquants, il est plus facile de fabriquer sur place que d’importer des cartouches ». Elle ajoute : « La fédération départementale compte se constituer partie civile dans cette affaire ».
•• « Notre région est une sorte de hub de trafic de tabac », confirme Éric Meunier.
« En vallée du Rhône, nous sommes sur un axe de transit logistique qui est particulièrement efficace. Il y a énormément de trafic poids lourds sur l’A7, comme en direction de Grenoble. Les fraudeurs, pour les stupéfiants ou le tabac, savent qu’ils arrivent à y glisser leurs véhicules. Dans ce trafic licite très dense, c’est évidemment plus facile pour une organisation de fraude ».
Avant d’insister : « Le cœur de métier de l’administration des Douanes c’est la police de la marchandise, la recherche des flux d’approvisionnement. Ce que l’on cherche, ce n’est pas le revendeur à la sauvette, mais là où il s’est approvisionné, comment et qui a constitué les stocks ».
À suivre …




