Le Dauphiné Libéré a réalisé une très large enquête sur le trafic de cigarettes, publiée en plusieurs volets. Nous allons la reproduire ici-même. Nous commençons par un zoom sur la mobilisation de la Douane de Gap dans les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence.
Extraits.
•• Quinze douaniers de la Brigade de surveillance intérieure (BSI) de Gap sont déployés dans les Alpes du Sud. Ils travaillent principalement sur trois axes.
« L’année dernière, nous avons relevé 132 infractions et saisis 1 300 kilos de tabac dont une tonne en une prise. Elle était destinée à faire des cigarettes de contrefaçon », explique Alexandra Pasquier, cheffe divisionnaire à la Direction régionale des douaniers d’Aix-en-Provence (voir 23 avril).
Si certains prennent le risque de transporter une telle quantité, c’est parce que le prix du tabac est nettement plus lucratif de l’autre côté de la frontière italienne. « Pour un paquet de cigarettes standard, on est à 13 euros en France. Et 6,50 euros en Italie. Les personnes vont en ramener de grosses quantités dans des véhicules particuliers ou professionnels. Ils profitent du différentiel de prix », indique la cheffe divisionnaire.
•• Pour Alexandra Pasquier, les trafiquants de tabac ont aussi « moins peur » que pour du stupéfiant. « On réprime tout autant mais la répression est moins élevée pour le tabac. Une saisie d’un kilo de cocaïne ou de cigarettes, c’est très différent ». En 2025, la BSI de Gap a déjà saisi 157 kilos de tabac. « Hors affaire exceptionnelle, les collègues de Gap saisissent entre 50 et 100 kilos de tabac par trimestre. »
En matière de répression, la Douane dispose d’un pouvoir de transaction jusqu’à un certain niveau. « Prise avec une certaine quantité de tabac ou de stupéfiant, la personne peut nous demander de transiger. Ainsi, on va conclure un accord avec elle et contre une amende, on va la laisser partir sans judiciariser l’affaire », commente Alexandra Pasquier. Cette proposition se fait au cas par cas, et dépend des antécédents.
•• Un autre axe concerne la lutte contre la revente clandestine de cigarettes dans les épiceries de nuit. Les premiers à en pâtir sont les buralistes, les seuls à avoir le droit de vendre du tabac en France.
« Un décret du 27 mars 2024 a mis fin à la limitation à une cartouche de cigarettes en provenance de l’Union européenne contre quatre à présent (voir 11 avril 2024). Cela encourage les consommateurs et surtout quelques épiceries de nuit à acheter des cigarettes hors de l’Hexagone pour les consommer où les revendre », peste Jean-Maurice Bonnardel, président de la Fédération des buralistes des Hautes-Alpes.
Ses remontrances ne sont pas vaines, puisque le 25 avril, à Tallard, un protocole a été établi entre le Parquet de Gap, celui de Digne-les-Bains et la Direction régionale des Douanes d’Aix-en-Provence. Il porte sur la coordination des actions pénales et douanières en matière d’infraction relevant de la législation que l’administration des Douanes est chargée d’appliquer.
À suivre …




