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31 Juil 2023 | Profession
 

Soucieux de diversifier leurs revenus, plusieurs cigarettiers misent sur ce produit inventé en Scandinavie. C’est ainsi que débute un article sur les sachets de nicotine, signé Kering Klentschner (voir 14 mai 2023) et publié par Le Figaro de ce jour.

Nous en reprenons l’essentiel.

C’est un petit sachet blanc et allongé contenant de la nicotine qui se glisse entre la lèvre supérieure et la gencive. Il se conserve ainsi pendant trente minutes environ, le temps que la nicotine soit libérée progressivement. Ce geste, encore peu commun en France, est très courant en Scandinavie où les sachets de nicotine ont été inventés comme alternative au tabac. Il se diffuse progressivement du nord vers le sud de lEurope. 

•• Un cigarettier, British American Tobacco (Lucky Strike, Vogue, Dunhill, Pall Mall…/ voir 27 juillet 2023), qui en commercialise déjà dans une douzaine de pays européens, a fait le pari d’en lancer dans l’Hexagone après un test concluant mené en fin d’année dernière dans les Alpes. Depuis le début de l’année, sa gamme de sachets de nicotine aromatisés (menthe, fruits rouges…), vendue sous la marque Velo, est disponible dans un quart des bureaux de tabac et sur son site internet.

« C’est un nouveau moyen pratique, simple et discret de consommer de la nicotine nimporte où et nimporte quand », déclare Vincent Zappia, responsable des affaires publiques de BAT France, qui commercialise sa boîte autour de 5 euros. « Il ny a ni odeur ni fumée. Cest une alternative au vapotage pour ceux qui veulent arrêter la cigarette. » Après six mois de commercialisation, BAT reste discret sur les chiffres. « Nous sommes encore au début », indique Vincent Zappia. « Il y a toute une pédagogie à faire auprès des fumeurs. »

•• Le produit semble avoir notamment séduit les sportifs. « C’est un nouveau public que les buralistes navaient pas lhabitude de voir jusque-là », raconte un porte-parole de la Confédération des buralistes. À Cholet, toute l’équipe de hockey en consomme régulièrement.

Les sportifs scandinaves ont, en effet, contribué à populariser les sachets de nicotine dans le monde de la glisse et, au-delà, dans le milieu du foot. En Suède, Zlatan Ibrahimovic en serait fan.

Il faut dire que c’est un moyen pour les sportifs d’éviter la combustion et la fumée, la cigarette étant interdite pendant les entraînements, mais aussi de se « booster avant un match ». Jusqu’à cette photo de Marcus Thuram qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux fin novembre, pendant la Coupe du monde. On le voit dans l’avion qui mène l’équipe de France au Qatar avec une petite boîte blanche et ronde dans la main qui ressemble à Velo, la marque de BAT.

Le cigarettier a été accusé par les militants antitabac – qui insistent sur les risques d’accoutumance et d’addiction de la nicotine – de promouvoir ses produits via des sportifs et des influenceurs. Ce qu’il récuse fermement.

•• En Belgique, la vente des sachets de nicotine Velo sera interdite à partir du 1er octobre à la suite d’un arrêté royal publié en mars dernier (voir 28 mars 2023). Une décision contestée devant le Conseil d’État local par British American Tobacco qui regrette que de nombreux fumeurs en phase de sevrage soient privés de cette « alternative moins risquée » au tabac (voir 14 juin 2023).

La mauvaise réputation du produit provient aussi de la confusion avec la snus. Les sachets de nicotine s’inspirent, en effet, de ces sachets de poudre de tabac à sucer, nés en Suède au XIXe siècle, qui se glissent aussi sous la lèvre. Très populaire en Asie, ce produit est illégal en Europe depuis 1992 sauf en Suède et en Suisse.

•• Si la marque Velo a été lancée en grande pompe, les sachets de nicotine ne sont pas complètement inconnus en France. Il existe plusieurs dizaines de marques vendues dans les vape shops, les bureaux de tabac, sur internet (nicopouches.fr) ainsi que dans des épiceries. La plupart sont importées (Volt de Swedish Match, Skruf de BAT, White Fox du suédois GN Tobacco…). Il existe aussi des marques de fabricants français de e-liquides (Dlice, Fuu…).

Les sachets de nicotine – qui font fureur auprès des jeunes en Suède – échappent à la réglementation qui encadre la vente de tabac et de produits de vapotage. « Il faut limiter le taux de nicotine à 20 mg et ne conserver des arômes qu’à destination des adulte », plaide BAT, soucieux d’éviter le précédent de la puff, la cigarette électronique jetable, qui fait un carton auprès des ados.

Pour BAT, ce lancement s’intègre dans sa stratégie de diversification en dehors du tabac. Une réponse du cigarettier face à l’érosion continue de la consommation de cigarettes depuis vingt ans. Ces nouvelles catégories (cigarettes électroniques, tabac à chauffer, sachets de nicotine…) représentent désormais 15 % de son activité.

•• Philip Morris, qui fait le pari que ces alternatives au tabac représenteront la moitié de ses ventes d’ici à 2025 (contre un tiers aujourd’hui), a racheté l’an passé l’entreprise Swedish Match (voir 28 novembre 2022) qui détient notamment la marque de sachets de nicotine, Zyn, commercialisée dans plusieurs pays européens. Mais la maison mère de Marlboro n’a pas encore franchi le pas dans l’Hexagone.

Un autre cigarettier, Seita (Imperial Brands), qui vient de racheter une marque de sachets de nicotine à un groupe canadien (TJP), développe depuis deux ans ses marques Zone X et Skruf à l’échelle mondiale. « Nous étudions la possibilité de lancer ce produit en France dans les bureaux de tabac, reconnaît un porte-parole du groupe, qui invoque la forte prévalence tabagique dans lHexagone. Il est trop tôt pour dire si ce mode de consommation pourrait percer ici. »

Si le marché est encore embryonnaire en France, tous les acteurs ont en tête le potentiel de croissance au niveau mondial. Évalué à 2 milliards de dollars lan passé, il est promis à une croissance annuelle supérieure à 30 % dici à 2030, selon les prévisions des experts.