L’argumentaire mis en place sur le site « gouvernement.fr » ne laisse pas d’étonner. Par ses formulations aussi surprenantes qu’approximatives (voir Lmdt des 11 et 13 septembre).
•• « Les jeunes sont, on le sait, particulièrement sensibles à la publicité et au fait d’avoir un paquet de cigarettes plutôt sympa » y est-il affirmé.
Déjà, de sérieuses études comme celles d’Eurobaromètre (voir Lmdt du 29 novembre 2012) font ressortir que le look d’un paquet est l’un des facteurs les moins importants dans l’incitation à fumer (très loin derrière « l’influence des amis » ou « le désir de copier les adultes »). Mais surtout, il faut être bien présomptueux pour prétendre connaître, en ce moment, de quelle façon les adolescents se font leur propre image des produits à addiction.
À l’heure où leur première source d’informations vient des réseaux sociaux et de leurs méandres. À un âge et dans une époque où toutes les représentations « gore » restent un puissant levier d’inspiration.
•• « Dé-banaliser le tabac (…) Objectif du plan : que la prochaine génération soit une génération sans tabac ».
C’est quand la prochaine génération ? Celle devant laquelle les responsables politiques actuels n’auront plus de compte à rendre depuis belle lurette ?
Plutôt que des objectifs concrets, mesurables et forcément plus modestes parce que raisonnables, on en reste au slogan. Sachant qu’il est difficile d’encore plus « dé-banaliser » un produit sur le conditionnement duquel il est déjà écrit, noir sur blanc, qu’il tue.
À moins de considérer que toute cette propagande par slogans simplistes et photos-chocs ne fonctionnent pas vraiment …
•• « Faire baisser le nombre de victimes du tabagisme (…) « 200 morts chaque jour » (…) » un fumeur sur deux mourra des conséquences du tabagisme ».
On ne voit pas le rapport immédiat entre la nécessité de rappeler en permanence ces chiffres et le paquet neutre.
Si quelqu’un décide de fumer – alors qu’il a forcément entendu ces chiffres alarmants – ce n’est pas le paquet neutre qui le dissuadera.
•• « Le gouvernement agit pour soutenir l’activité légale des buralistes ».
Curieuse formulation qui tendrait à laisser penser que les buralistes ont aussi une activité illégale.
Quant au soutien du gouvernement, c’est la moindre des choses. Les buralistes sont préposés de l’administration ayant signé un contrat de gérance avec l’État.
•• « Le gouvernement est complètement mobilisé pour lutter contre le trafic de cigarettes qui diminue les revenus des buralistes ».
Ah bon ? On en a parlé au Conseil des ministres ? Où est le grand plan national de lutte contre le marché parallèle, réclamé par la Confédération des buralistes ?
Et l’argumentaire aurait pu préciser que le trafic, c’est aussi de la fraude fiscale. Mais il aurait fallu vouloir être cohérent.




