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13 Fév 2026 | Trafic
 

Stock de tabac de contre-façon saisi à Nantes

Ce 11 février, le tribunal judiciaire de Nantes a condamné cinq ressortissants russes à de la prison ferme et à une lourde amende de 946 320 euros. Ils sont suspectés d’avoir animé un réseau transnational de trafic de cigarettes de contrefaçon.
Le démantèlement de ce réseau marque une étape clé dans la lutte contre un phénomène en forte croissance et de plus en plus structuré. C’est ainsi que débute un sujet de France3-régions.Franceinfos (12 février) que nous reprenons.

C’est à Rezé, près de Nantes,

que la dernière perquisition a eu lieu.
Fin septembre, pas moins de 25 000 cartouches de cigarettes de contrefaçon sont saisies dans un entrepôt, dans le cadre du démantèlement d’un réseau de malfaiteurs faisant commerce de tabac contrefait (voir 22 novembre 2025).

Il aura fallu deux ans d’enquête et de suivi, de juin 2023 à septembre 2025, pour mettre à mal ce réseau d’envergure, organisé à la manière d’une entreprise internationale : importateurs, logisticiens, collecteurs de fonds, transporteurs.

À sa tête, les prévenus, cinq ressortissants russes,

contrôlaient l’importation de cartouches de cigarettes de contrefaçon en provenance de la Belgique, de la Pologne, mais aussi de la région parisienne.

Les produits contrefaits étaient ensuite vendus via les réseaux sociaux ou à la sauvette sur un territoire allant de la Loire-Atlantique au Morbihan, et desservant les villes de Nantes, Angers ou Lorient.

« On est passé d’une configuration où on avait exclusivement de l’achat à l’étranger « frontalier », ou de particuliers qui ramenaient des cartouches à la faveur des vacances, à désormais des organisations criminelles structurées, qui ont développé de manière exponentielle des circuits de distribution » explique Daniel Bruquel, chef du service Prévention du commerce illicite pour Philip Morris France.

Les cigarettes étaient écoulées via des semi-grossistes qui utilisaient les réseaux sociaux pour toucher les consommateurs finaux.

« 2020 a été un point de bascule. Ça a été l’année, on a passé la barre des 10 euros qui est un prix psychologique important pour le consommateur. Et dans le même temps, on a eu le Covid et le confinement, où il était plus difficile de se rendre dans les pays frontaliers » précise Daniel Bruquel.

En Pays de la Loire, 2024 restera marquée par un record absolu : 37,4 tonnes de tabac illégal ont été saisies dans la région, selon la direction interrégionale des Douanes. C’est douze fois plus qu’en 2023.

Les opérations nantaises et angevines pèsent lourd dans ce bilan :

17 tonnes à Angers (voir 24 février 2024), auxquelles s’ajoutent 14 tonnes interceptées à Nantes mi-juillet (voir 3 août 2024) et près de 1 000 cartouches sur deux voyageurs à l’aéroport de Nantes en septembre (voir 5 septembre 2024).

« La Bretagne et les Pays de la Loire, par définition, ne sont pas des zones frontalières. Donc jusqu’à présent, il y avait un marché parallèle relativement faible. Aujourd’hui, les chiffres locaux rejoignent les chiffres nationaux. Désormais, une cigarette sur deux consommée provient du marché parallèle » détaille le chef de service de Philip Morris.

En 2019, la consommation hors réseau légal (marché parallèle) dans la région était de 16 %, dont 1 % de contrefaçon. Aujourd’hui, près de 53 % des cigarettes consommées sont issues du marché parallèle, dont 20 % de contrefaçon pure.

Dans un marché très taxé, les consommateurs sont attirés par les prix : « une cartouche du produit le plus vendu en France, chez les buralistes, c’est environ 130 euros. Sur le marché parallèle, le « même » produit contrefait coûtera 35 à 40 euros ». La situation fragilise considérablement le réseau des buralistes locaux.

Daniel Bruquel chiffre à 90 le nombre de points de vente illégaux à Nantes, et estime que ce déport vers le marché parallèle représente pour eux une perte de 79 000 euros de marge brute par commerce.

Le responsable du fabricant de tabac rappelle également les risques pour le consommateur.
Des risques pour la santé, même si Daniel Bruquel reconnaît que, dans tous les cas, une cigarette est nocive, mais également des risques judiciaires : le consommateur s’expose a minima à une amende de 135 euros s’il achète des cigarettes en dehors du cadre légal.

Il peut, dans le cas d’un vendeur arrêté et d’une remontée vers les clients, être convoqué devant le juge et soumis à des amendes plus lourdes ou à des sanctions en fonction du niveau d’achat et de consommation.

Le trafic de cigarettes rapporterait aux réseaux criminels 2,3 milliards d’euros chaque année. Les sanctions pénales sont souvent plus faibles que dans le cadre de trafic de stupéfiants.

Les cinq prévenus devaient initialement être jugés le 19 novembre dernier. Mais le procès avait été renvoyé pour un problème d’interprétariat et de complexité du dossier.

Dans cette affaire jugée finalement en ce début d’année 2026, le tribunal a déclaré coupables les 5 ressortissants russes.

Condamnations fortes, avec de la prison, de 6 mois à 3 ans ferme. Et les peines ne s’arrêtent pas là !
Pour l’action au civil, le tribunal condamne les 5 Russes à une amende record de 946 320 euros, sans compter les préjudices.