« 45 ans de médecine et une bonne trentaine de cancérologie » revendique la députée PS Michèle Delaunay qui, manifestement, ne croit ni en la prévention, ni au sevrage tabagique et lance une bataille aussi politique qu’exclusive contre la fiscalité du tabac qu’elle veut révolutionner. Précisément, en commençant à aligner la fiscalité des cigares / cigarillos sur celle des cigarettes (voir Lmdt des 23 et 24 octobre). Mais l’ex-ministre déléguée, chargée des personnes âgées, du gouvernement de Jean-Marc Ayrault est aussi une spécialiste des déclarations polémiques, grossies par un recours systématique aux médias en ligne et aux réseaux sociaux.
Révélateur, ce tweet envoyé lors du rejet de son amendement « sur le coût social du tabac », jeudi dernier à l’Assemblée nationale : « la bataille contre le tabac ne sera gagnée qu’avec l’opinion publique et les médias ».
Depuis sa défaite sans appel aux derrières municipales de mars à Bordeaux, cette fille de préfet et femme de haut fonctionnaire européen – qui a retrouvé son siège de députée socialiste en évinçant gentiment son suppléant, Vincent Feltesse, aujourd’hui conseiller à l’Elysée – devait se trouver un cheval de bataille « médiatique » . Et ses prises de position, sporadiques mais violentes, contre le tabac lui ont permis de s’assurer qu’elle a trouvé le bon tremplin.
Elle avait montré son impatience lors de la laborieuse préparation du Plan de Santé de Marisol Touraine, en distillant des formules du genre : « si j’avais été élue présidente de la République, en mai dernier, la toute première mesure que j’aurais prise aurait été de faire passer le prix du paquet de cigarettes à 10 euros » (voir Lmdt du 19 février 2013). Marisol Touraine …qui lui a appris, là encore par tweet, l’identité de sa remplaçante : « il eût été courtois qu’elle m’appelle avant » devait confier Michèle Delaunay aux médias, « objectivement, c’est désagréable ». Marisol Touraine … qu’elle ne peut s’empêcher de « piquer », même après la présentation du Plan national de Réduction du Tabagisme : « plan anti-tabac courageux … », en parlant du paquet neutre, « qui ne suffira pas sans l’appui de mesures fiscales », explique-t-elle sur son blog.
On se souviendra encore de son tweet à l’opportunité discutable lors du décès de Patrice Chéreau où pointait déjà les arguments défendus aujourd’hui : « qui oserait aujourd’hui légaliser le tabac ? … Le tabac coûte infiniment plus qu’il ne rapporte » (voir Lmdt du 8 octobre 2013). Ou de sa proposition iconoclaste de « cigarette alternée (un jour sur deux) pour lutter contre les 60 000 tonnes de goudron qui se déposent chaque année dans nos bronches » alors qu’est envisagée la circulation alternée des voitures (voir Lmdt du 18 mars 2014).
Depuis l’été, il y aura eu comme une montée en puissance.
Lors de l’audition de Thierry Breton, en juillet dernier, candidat au poste de directeur général de l’Institut national contre le Cancer, la députée déclare ostensiblement que le tabac est un sujet majeur qui « m’occupe de façon régulière ». Le 19 août, elle prévient – dans un article « La Santé, c’est de la politique » sur son blog – que « nous ne pouvons pas continuer à porter le fardeau des addictions les plus toxiques sans revoir nos logiciels. Le prix du tabac doit être calculé au regard de son coût pour la société, selon un principe qui est de l’ordre de celui du pollueur-payeur ».
Rendez-vous est pris. Toujours ce jeudi, dans un communiqué saluant « l’avancée » incarnée par l’adoption de son amendement sur les cigares et cigarillos, elle promet de « porter cette ambition, dans la prochaine Loi Santé, qui sera présentée au Parlement au début de l’année prochaine » ainsi qu’« au niveau européen. Mon souhait : que le premier pays à prendre cette décision courageuse, que les autres pays pourraient suivre, soit la France ».




