Dans l’affaire (nom de code « Clop11 ») de contrebande de cigarettes achetées en Andorre et revendues à Carcassonne (voir Lmdt des 4 mai 2015 ainsi que des 24 novembre, 21 et 23 juin 2012 ), le tribunal correctionnel de Carcassonne a condamné, hier, les dix prévenus à des peines allant de 6 mois à 18 mois (avec sursis …) de prison et à des amendes : 577 632 euros, solidairement, pour contrebande et 228 228 euros entre les six passeurs, pour blanchiment douanier. La chambre syndicale des buralistes de l’Aude, qui s’était portée partie civile, a obtenu 5 800 euros.
Rappelons que le trafic s’est étalé entre le 1er janvier 2011 et le 20 juin 2012, au gré d’allers et retours au Pas-de-la-Case (Andorre) : 228 000 euros d’achats et une bénéfice estimé par les enquêteurs à 130 000 euros.
L’enquête a mis à jour une vraie organisation avec un chef de réseau, des bras droits, des livreurs, et des revendeurs locaux, à Carcassonne et dans la région .En particulier à Berriac où les principaux « revendeurs », un couple âgé, avaient transformé leur cuisine en « bureau de tabac ». L’affaire tournait à plein régime. Il y avait toujours la queue, a-t-on appris à l’audience. Lors de la perquisition effectuée chez eux, les gendarmes mettront la main sur près de 20 000 euros en liquide, deux voitures, une moto et du matériel hi-fi.
Des nombreuses écoutes téléphoniques, il ressort une parfaite entente entre les divers protagonistes. À la tête du réseau, « Milena », d’origine bulgare, qui avec ses fournisseurs andorrans – « Nono » et « Jordy » – dont les magasins ont pignon sur rue, organisait les allers et retours d’une dizaine de passeurs-livreurs, dont trois sont considérés comme ses bras droits. Elle gérait également ses quatre revendeurs carcassonnais.
À chaque échelon du trafic, on gagnait plus ou moins selon le rôle et la quantité vendue. L’argent servait à «améliorer l’ordinaire» des revendeurs locaux. Pour Milena et son frère, absent à l’audience, une partie des sommes était envoyée dans leur pays d’origine, la Bulgarie, et permettait à leur famille d’investir dans des appartements.
Le procureur de la République va écarter … le blanchiment en bande organisée et requérir des peines allant de six mois avec sursis à de la prison ferme et, pour certains, l’interdiction de territoire français pendant 10 ans.
L’avocat de « Milena » s’est attaché à dédouaner sa cliente, soulevant l’absence à la barre de son ex-conjoint qui initia celle-ci au trafic et qui est présent partout dans le dossier. Le défenseur de quatre prévenus a axé sa plaidoirie sur l’hypocrisie du procès et un certain misérabilisme : « ceux-ci sont des pauvres gens, des pauvres diables qui se livrent à un petit trafic au jour le jour. On est dans la misère humaine. On juge les petits, pas les fournisseurs Nono et Jordy dont on connaît pourtant les noms et adresses des magasins. On les juge pour avoir échappé à une taxation devenue délirante fixée par l’État » … qu’il ira jusqu’à qualifier de « dealer institutionnel ».
Les trafiquants, ayant déjà accompli de la préventive, sont tous ressortis libres.




