Ils ont tous salué la nomination d’Agnès Buzyn au poste de ministre des Solidarités et de la Santé (voir Lmdt du 18 mai), mettant en avant ses propos fermes contre le tabagisme. Mais, après « les paroles », les associations comme les médias anti-tabac réclament des actes. L’état de grâce n’aura pas été long.
•• Le Comité national contre le Tabagisme (communiqué du 17 mai) : « le professeur Buzyn est soucieuse non seulement d’agir selon des règles rigoureuses efficaces mais également de mettre en œuvre de manière effective les mesures adoptées. L’application de l’ensemble des mesures de prévention du tabagisme est essentielle et nous espérons que le professeur Buzyn aura une action forte à ce niveau » souligne le président Yves Martinet.
•• L’Alliance contre le Tabac de Michèle Delaunay (communiqué du 17 mai) : « à tout moment, elle s’est révélée être une partenaire remarquable en faveur de la lutte contre le tabagisme, en particulier dans l’élaboration du dernier Plan Cancer, mais aussi dans l’accompagnement de l’Alliance pour la mobilisation de l’ensemble des professionnels de santé contre le tabac. Elle est notamment l’une des premières signatures de l’Appel de ces professionnels » (ndlr, appel qui n’a pas dépassé les 6 400 signatures / voir Lmdt du 22 novembre 2016).
•• Mais c’est Jean-Yves Nau, (site Journalisme et Santé Publique) qui a lancé la première charge dans un article sur Slate, le 21 mai : « Chère Agnès Buzyn, voulez-vous réussir à la Santé là où Marisol Touraine a échoué ? ».
« Marisol Touraine a échoué alors même qu’elle semblait avoir tous les atouts en main, à commencer la demande solennellement formulée par François Hollande, de bâtir un Programme nationale de Réduction de Tabagisme. Trois ans plus tard, rien n’a été réduit (…) Seule initiative d’envergure, l’introduction du paquet neutre ne s’est traduite par aucun résultat concret. Tous les spécialistes savent que cette mesure ne peut, à elle, avoir d’impact sur la consommation collective de tabac (…)
« Il vous revient donc de réussir, au sein de votre Gouvernement, là où Marisol Touraine a échoué de manière récurrente : obtenir de Bercy, de Matignon et de l’Elysée un engagement politique constant de hausse des prix (…) Les prix ne sont pas tout. Il vous faudra traduire vos propos dans les faits, bâtir une politique où les fumeurs sont considérés comme des personnes victimes d’une addiction massive, une maladie de longue durée nécessitant une prise en charge véritable en offre de soins dépassant les appels à « Tabac-Info-Service » et l’indispensable prise en charge intégrale des substituts nicotiniques. Il vous faudra, enfin, réaliser ce que Marisol Touraine s’était entêtée à refuser : établir une collaboration avec les avocats et les défenseurs de la cigarette électronique ».
•• Le 22 mai, c’est au tour de Philippe Berrebi sur le site Pourquoi Docteur.
« Si le monde de la santé a accueilli avec enthousiasme la nomination d’Agnès Buzyn dans le gouvernement Macron, les acteurs ne sont pas pour autant devenus amnésiques (…) « Nous devons repenser en profondeur notre système de lutte contre le tabagisme face à cette bombe à retardement sanitaire. La médecine est à court d’arguments, le temps est à la volonté politique », clamait Agnès Buzyn dans une tribune publiée le 31 mai 2013 dans « Le Monde ». Parmi les mesures préconisées, une « hausse drastique » du prix de tabac.
« En 2015, Agnès Buzyn avait dénoncé le détricotage de la loi Evin élaboré par des députés très à l’écoute des milieux viticoles. « Je suis profondément atterrée par cette initiative de certains parlementaires qui obéissent à des lobbys très puissants et très bien installés en France, ceux des producteurs de vins », dénonçait-elle. À l’époque, le ministre de l’Économie (Emmanuel Macron alors) faisait entendre sa différence en indiquant que cet assouplissement « ne contrevenait pas à la santé publique » (…).
« Comment la nouvelle ministre pourra-t-elle mettre en adéquation ses engagements avec la feuille de route présentée par Emmanuel Macron ? La réponse engagera non seulement le secteur de la santé mais aussi la crédibilité du président de la République. En matière d’addiction, une véritable politique des réductions des risques (…) serait un véritable marqueur du changement ».




