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14 Fév 2016 | Observatoire
 

Inrocks CannabisEntre la nomination du nouveau Garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas – « sensible à la légalisation du cannabis » dit-on – et les propositions de Bertrand Dautzenberg sur le cannabis sans tabac (voir Lmdt des 14 et 28 janvier) … tous les signes sont là, d’après le magazine Les Inrocks. Lequel suggère dans son édition du 2 février – couverture à l’appui – qu’ouvrir le débat sur la légalisation encadrée du cannabis serait pour François Hollande l’opportunité de regagner en légitimité auprès de certaines générations et permettrait d’apaiser dans une certaine mesure une gauche de la gauche qui compte lui disputer sa candidature pour 2017. On sait le locataire de l’Élysée prêt à tout recours surprenant. 

Depuis la publication de l’étude du think tank Terra Nova (voir Lmdt du 19 décembre 2014), plusieurs proches de François Hollande seraient ainsi venus toquer à l’Elysée pour lui demander d’abattre cette carte. « Il m’a dit qu’il était sensible à nos arguments, même s’il doute que le climat politique actuel soit propice au sujet, surtout après les attentats » assure son « visiteur du soir » et élu PS au Conseil régional d’Ile-de-France, Julien Dray. Mais en même temps, à force de lois sécuritaires, de constitutionnalisation de l’état d’urgence et de débat sur la déchéance de nationalité, le Président est en voie de s’aliéner sérieusement une partie de son électorat de gauche, fait remarquer l’article.

« C’est vrai que ça pourrait permettre de rassurer une frange de notre électorat » concède un parlementaire socialiste, « François Hollande sait très bien que c’est l’une des meilleures solutions de relance de l’économie (sic) et de lutte contre l’insécurité, mais il aurait besoin d’une majorité qui dépasse le PS pour la faire passer ». Rappel opportun des Inrocks : 83 % des jeunes Français sont favorables à une réglementation du produit.

Mais force est de constater, en même temps, que depuis des années, ces arguments sont peu audibles, le magazine rappelant les initiatives de Cécile Duflot (EELV / voir Lmdt des 2 juillet et 5 juin 2012), de la sénatrice écologiste Esther Benbassa, à l’origine d’une proposition de loi (voir Lmdt des 2 avril et 4 février 2015) et du président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux (voir Lmdt du 23 novembre 2015). « Au PS, cette idée est plutôt tabou, on n’en parle pas, car les avis sont très partagés et cela pourrait déclencher une fronde de la droite classique » commente la députée PS de l’Hérault, Anne-Yvonne Le Dain.

À droite, les avis sont partagés aussi. « Hollande a mal à sa gauche, donc il essaie de donner des gages », pour Jacques Myard, député LR. À l’opposé, Jean-Christophe Lagarde (président de l’UDI), est fervent partisan de la légalisation (voir Lmdt des 2 décembre et 8 août 2014) : « il y a un blocage psychologique de la classe politique sur ce sujet, comme avec le mariage pour tous. Pourtant, deux ans après l’adoption de celui-ci, on voit que tout le monde est pour ».

À moins que par pragmatisme, les élus et le gouvernement « ne changent de braquet », conclut Les Inrocks. A Marseille, le député socialiste des Bouches-du-Rhône Patrick Mennucci déplore le lien bien établi entre l’interdiction du cannabis et la prospérité de la criminalité : « je discute avec des préfets de police, plus de 28 % des policiers de la ville sont affectés au trafic de came, ce n’est plus possible ». Il aurait même tenté de sensibiliser Manuel Valls, sur ce sujet de la légalisation, après une récente et énième série de règlements de compte dans la cité phocéenne. « Tu déconnes ? » lui aurait-on répondu, « moi, Premier ministre on n’aura jamais ce débat ».

Une autre actualité – survenue après la publication de ce numéro des Inrocks – est susceptible cependant de peser encore sur le débat. L’accession, ce jeudi 11 février, de Jean-Vincent Placé au poste de secrétaire d’État en charge de la réforme de l’État et de la simplification.

Ce dernier s’est déjà clairement prononcé en faveur de la légalisation du cannabis et pour sa gestion étatique « comme pour la cigarette » (voir Lmdt du 18 juin 2015).

Ses attributions n’ont rien à voir avec le sujet. Mais la créativité politique de Jean-Vincent Placé ne laisse jamais indifférent à l’Élysée. Surtout en cette période où tous les sondages et études convergent pour décrire un avenir politique politique passablement compliqué pour François Hollande.

Et puis, dans le genre réforme « qui fait sens », on peut se permettre de penser que cela aurait plus d’impact que le paquet neutre. Les préoccupations de santé publique étant hors sujet, comme de bien entendu.