Accroissement de l’insécurité …
Alourdissement sans précédents des impôts et de toutes les charges fiscales …
Ravages lancinants du chômage et de la précarité …
Abaissement désastreux du niveau scolaire …
Autant de sujets qui assaillent le quotidien de tous les Français. Mais ce matin, Le Parisien / Aujourd’hui en France a décidé de titrer une nouvelle fois sur le facteur numéro 1 de « déstabilisation politique » en Europe : le lobby du tabac (grand titre en « une » et deux premières pages intérieures).
Une authentique manipulation de l’information consistant à grossir exagérément les faits, à leur donner un caractère artificiellement scandaleux … pour mieux faire passer les lecteurs à côté des vrais enjeux.
• LES FAITS
La révélation du jour consiste en la publication d’extraits de documents internes de Philip Morris International dans lesquels les députés européens font l’objet de simples commentaires quant à leur opinion sur le projet de Directive européenne Tabac (opinions « archiconnues », que ces députés ont largement l’occasion de diffuser en d’autres circonstances !).
Par ailleurs, ces documents font état de rendez-vous entre des collaborateurs de Philip Morris International et des europarlementaires. Ce qui est strictement normal, le fabricant étant non seulement concerné, mais aussi accrédité auprès des institutions européennes comme des centaines d’entreprises et d’ONG.
En complément, l’article publie une interview de Françoise Grossetête qui se plaint du lobbying qualifié de « harcèlement » des fabricants. La députée européenne n’exprimant en cela qu’une opinion personnelle sans apporter la moindre preuve de faits délictueux ou contraires à la Charte que signent toutes les entreprises agissant au niveau du Parlement européen.
Le Parisien en profite pour mentionner une dizaine d’autres eurodéputés (de José Bové à Stéphane Le Foll, actuel ministre de l’Agriculture) en évoquant de simples rendez-vous ou des commentaires à des journalistes. Mais là encore, on n’apprend rien de scandaleux, si ce n’est l’opinion des uns et des autres sur la Directive.
• LES EXPLICATIONS
Encore une fois, les faits « révélés » par Le Parisien ne correspondent pas à des méthodes ou à des faits illégaux ou même – allons plus loin – contraires à l’éthique. Une entreprise concernée directement par une décision européenne a le droit de faire valoir son point de vue. Et pas la moindre trace de corruption, pour être clair …
C’est le traitement journalistique (utilisation des termes, commentaires allusifs, abondances des mots « secret » et « harcèlement ») qui rend le sujet scabreux. Précision sur laquelle le journal se garde de revenir : « les documents Philip Morris » publiés ont été dérobés, purement et simplement. Le plus surprenant dans cette histoire est que ce genre de mésaventure soit arrivé à un groupe connu, en fait, pour la rigueur de ses procédures internes.
• LES CONSÉQUENCES
A travers ce genre de révélations, gonflées artificiellement, Le Parisien passe à côté du vrai sujet. La directive européenne dans son état actuel, c’est :
– les paquets quasi génériques (75% des faces avant et arrière du paquet couvertes de photos-choc et d’avertissements sanitaires) : qu’en pensent les lecteurs du Parisien en termes d’efficacité réelle sur la santé publique ?
– la disparition des cigarettes « menthol », sans nécessité prouvée
– l’assimilation de la cigarette électronique au domaine pharmaceutique et, donc, la disparition de son mode actuel de distribution
– et une tolérance maintenue sur la vente du tabac par internet.
Le vrai débat est là.
Fini le journalisme d’investigation avec des sujets remis dans leur vrai contexte. Maintenant, on « met en scène » l’information afin de gagner quelques citations dans les revues de presse … Le lecteur en est réduit à chercher en permanence ce que l’on veut lui cacher. En l’occurrence, on détourne son attention de l’aberration d’une nouvelle réglementation européenne dont on s’apercevra, dans quelques années, de son inefficacité. Pratique, à quelques mois des élections européennes …




