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1 Déc 2024 | Trafic
 

Le JDD / Journal du Dimanche de ce 1er décembre dévoile la dernière étude du cabinet Ernst & Young sur lexplosion de la vente de cigarettes issues du marché noir.

(Nous reprenons cet article).

Près de 38 % des cigarettes consommées en France sont contrefaites ou issues de la contrebande frontalière, indique la dernière étude du cabinet daudit Ernst & Young commandée par Philip Morris International, dont le JDD dévoile les conclusions en exclusivité. 

•• Selon elle, le volume annuel du marché parallèle représente l’équivalent de plus de 1 200 coffres de Renault Clio remplis chaque jour de cartouches de cigarettes. En cause, une fiscalité française largement plus lourde que celle de ses voisins européens du côté consommateurs, et l’appât du gain induit par un trafic très lucratif pour les revendeurs.

Selon Ernst & Young, une usine clandestine de fabrication de cigarettes aurait une rentabilité d’environ 80 %, permettant un retour sur investissement particulièrement rapide (voir 20 novembre). Les réseaux criminels ont su percevoir les débouchés commerciaux et se sont professionnalisés en l’espace de quelques années, à échelle industrielle : les machines de conception de cigarettes contrefaites seraient ainsi capables de produire près de 700 paquets par minute !

Qu’il s’agisse de contrebande ou de contrefaçon, l’acheminement de cigarettes issues du marché parallèle se fait dans la plus grande discrétion, à l’inverse de leur revente.

•• L’étude dErnst & Young pointe du doigt le problème dinsécurité publique sous-jacent : multiplication des points de deal dans l’espace public, à proximité des bureaux de tabac et des transports en commun notamment, et affrontements réguliers entre revendeurs. Selon l’étude, de plus en plus de commerces de proximité, des épiceries de quartier principalement, s’ouvrent à la revente de cigarettes issues du marché parallèle.

Mais les inquiétudes se portent plus encore sur la vente en ligne. Sur les cinq dernières années, l’étude constate une « croissance très importante » des volumes de ventes effectuées sur les plateformes numériques, notamment sur les réseaux sociaux Snapchat et Telegram.

Pour l’État, le manque à gagner fiscal imputable au trafic est massif : l’étude l’estime à 4 milliards d’euros pour l’année 2023. Les buralistes, eux, auraient perdu 570 millions d’euros tandis que les industriels du tabac auraient vu leurs recettes chuter de 300 millions d’euros ; un total de 5 milliards d’euros de pertes économiques identifiées à l’heure où l’État français cherche à remplir ses caisses.

•• Les industriels du tabac cherchent-ils à surestimer le marché parallèle an de faire baisser la fiscalité sur les cigarettes ? C’est ce qu’affirment certains contradicteurs comme l’association Alliance contre le Tabac, dont le président Loïc Josseran dénonce auprès du JDD de « vastes fumisteries ».

Pour ce médecin et professeur d’université, « le seul objet de ces études est de combattre laugmentation du prix du paquet de cigarettes ». Fervent critique de la méthodologie employée par des cabinets dont « les études sont commandées par des cigarettiers », Loïc Josseran estime quant à lui que la part du marché parallèle « ne dépasse pas les 5 % ».

Du côté des autorités françaises, la Douane, sollicitée par le JDD, affirme « prendre acte de ces rapports » sans toutefois les commenter. Interrogée, Corinne Cléostrate, sous-Directrice des Affaires juridiques et de la Lutte contre les Fraudes, explique « quaucune donnée ni observation objective et indépendante de lindustrie du tabac sappuyant sur une méthodologie ne permettent de corroborer les estimations concernant la part du marché parallèle » et renvoie aux données de Santé publique France et de l’OFDT, selon lesquelles le marché parallèle représente entre 10 et 20 % de la consommation de tabac en France.

Pour Loïc Josseran, « la seule méthode valable est celle où lon appelle des gens, de façon anonyme, pour leur demander où ils ont acheté leur dernier paquet de cigarettes ! » ; comme le fait l’Office français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

« Eh bien cest ce que lon a fait ! », défend Guéric Jacquet, associé chargé du secteur public chez Ernst & Young. « Nous avons interrogé les consommateurs, via un échantillon représentatif sélectionné par lIfop, afin de savoir où les répondants avaient acheté leur dernier paquet de cigarettes. Et plus dun tiers dentre eux a répondu ne pas avoir acheté de paquet chez un buraliste dans les douze derniers mois. »

•• 5, 10, 20 ou 38% de la consommation annuelle de cigarettes : la guerre des chiffres autour du marché parallèle du tabac illustre en tout cas la croissance réelle du phénomène.

Preuve par lexemple, la Douane a saisi près de 530 tonnes de tabac de contrebande lannée dernière, alors qu’elle n’en saisissait « que » 250 tonnes en 2009. Une augmentation de 112 % qui trahit notamment l’augmentation de la circulation du produit.

Avec un risque pénal moindre que pour le trac de stupéfiants et de fortes promesses de rentabilité, les acteurs de la criminalité organisée investissent le secteur à une vitesse folle. Les autorités peinent quant à elles à freiner la ruée vers cet « or brun », malgré la mise en place, l’année dernière, d’un vaste Plan national de Lutte contre ce Trafic.