Le Figaro de ce vendredi 20 février en remet une grosse couche sur le tabac. Titre – « Tabac : micmac fiscal entre Bercy et les cigarettiers » – en appel de Une du journal, plus une page intérieure complète. Avec un « festival » de Michèle Delaunay agressant violemment les buralistes (voir Lmdt du 19 février) – elle reprend ses attaques sur Sud Radio, ce midi – et un papier complémentaire laissant abusivement penser, au fil d’une lecture rapide, que « les industriels du tabac sont prêts à relancer la guerre des prix » (voir Lmdt de ce jour).
Mais le clou est constitué par l’article central, intitulé : « l’État fait cadeau de 70 millions d’euros aux cigarettiers ». Soit une attaque en règle du vote par le parlement, remontant à décembre dernier, de la suppression de l’augmentation automatique de la fiscalité tabac (voir Lmdt des 5 et 13 décembre). Avec une démonstration centrale : en n’augmentant pas la fiscalité et les prix du tabac, en début d’année, on a pris « sciemment » une mesure qui enlève des recettes fiscales à l’État et qui profite aux cigarettiers. A l’appui, une démonstration brillante – sans la moindre contradiction – soutenue par Catherine Hill (service d’épidémiologie des cancers de l’Institut Gustave Roussy – Inserm) et Valérie Rabault, députée PS.
Tellement brillante cette démonstration, qu’elle oublie toute corrélation entre niveau actuel des prix … développement croissant du marché parallèle (jamais mentionné dans le propos) … et baisse, déjà réelle des rentrées fiscales. Un peu étonnant. Remarquez, ce n’est pas la première fois que Catherine Hill minimise la réalité du marché parallèle (voir Lmdt du 3 février). C’est son droit. Mais cela enlève de la crédibilité à sa démonstration.
A preuve, avec la fiscalité actuelle, le marché du tabac a produit, l’année dernière, moins de recettes fiscales que prévues (voir Lmdt du 12 décembre).
A preuve, Le Figaro produit lui même, en illustration de sa page, un schéma faisant apparaître que les recettes fiscales du tabac, TVA comprises, sont exactement les mêmes entre 2012 et 2013 : 14 milliards d’euros (malgré plusieurs augmentations sur la période).
Pourquoi la relance de cette polémique, maintenant ? Si ce n’est pour créer une émotion artificielle dans l’opinion publique et jeter l’opprobre sur la filière … juste avant le débat sur le projet de paquet neutre (générique).




