Au secours les consultants-bidons, les « Monsieur je sait tout » qui nous abreuvent de leur savoir à longueur de journée dans les médias. Alors que les enquêteurs se demandent ce que les braqueurs de vingt millions d’euros de timbres, ce mardi 3 février en Seine-et-Marne, vont faire de leur « marchandise », un « spécialiste de la criminalité organisée », interrogé par 20minutes.fr, a trouvé plus vite que tout le monde : « les timbres peuvent être écoulés dans les bureaux de tabac ».
Fabrice Rizzoli présente, a priori, un profil sérieux : docteur en science politique (Université Paris I – Panthéon-Sorbonne), chercheur et enseignant, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias italiennes, consultant et conférencier sur ces thèmes et, enfin, auteur du « Petit dictionnaire énervé de la mafia ».
Ce « grand spécialiste » a pourtant déballé un tissu d’invraisemblances à une journaliste bien assez naïve pour les reproduire.
Première allégation grotesque : « les timbres peuvent être écoulés dans des bureaux de tabacs liés au crime organisé. Les voleurs revendent les timbres la moitié du prix aux buralistes, tandis que la Poste ne leur laisse que 5% de marge… Demain, chacun de nous peut acheter des timbres de contrebande dans un bureau de tabac sans le savoir ».
Et n’est que le début … : « les réseaux criminels possèdent souvent des bureaux de tabac, utiles pour blanchir des fonds provenant du trafic de drogue et des machines à sous. Quand un client se présente avec un ticket de loterie ou un jeu gagnant, on lui rachète son ticket 10 ou 20% plus cher que son gain. Si un jour un magistrat s’interroge sur la provenance de l’argent, on répond qu’on a de la chance au jeu… C’est aussi le cas avec les débits de boisson : on dit qu’on vend plus d’anisette qu’en réalité et on met l’argent sale dans les caisses. C’est l’histoire de la criminalité depuis cent ans ! ».
S’il y a bien une activité peu propice au blanchiment, c’est bien celle de buraliste, strictement réglementée et contrôlée ; ce dernier étant préposé de l’administration. Quant à la contrebande de timbres postaux (même pas de collection), c’est un phénomène inédit et on voit mal des revendeurs venant en proposer, sous le manteau, aux buralistes.




