Une étude détaillée de l’INSEE, publiée ce jeudi 29 avril, montre que la consommation de tabac progresse parmi les groupes moins diplômés, et particulièrement chez les jeunes. L’organisme conclut sur une meilleure différenciation des politiques de prévention du tabagisme, selon les groupes sociaux et les âges.
L’Insee s’appuie sur les données du Baromètre Santé 2010, recueillies auprès de 27 653 personnes, et a reconstruit le parcours tabagique, en fonction du niveau de diplôme et du sexe, de trois cohortes de naissances : entre 1941 et 1955, entre 1956 et 1970 et entre 1971 et 1985. Les résultats montrent qu’après avoir été « plus fréquent parmi les plus diplômés, le tabagisme a reculé dans ces milieux, alors qu’il continue de progresser parmi les moins diplômés ».
• Pour la génération la plus ancienne, 57 % des hommes de 25 ans, non scolarisés ou diplômés de l’enseignement primaire, étaient fumeurs contre 53 % chez les diplômés.
• Pour les hommes nés entre 1971 et 1985, ceux ayant effectué trois années ou plus d’études supérieures n’étaient, à l’âge de 20 ans, qu’environ 25% à fumer contre près de 60% pour ceux ayant effectué des études de premier ou de second cycle.
• Pour la génération la plus récente, l’écart tend à se creuser : 20 % pour les diplômés, un peu plus de 60 % pour les non ou peu diplômés.
• Chez les femmes de la cohorte 1956-1970, on remarque une hausse de la prévalence du tabagisme et un moindre écart selon le niveau de diplôme. Sur la dernière génération, la différence entre « peu » et « très diplômée » devient plus marquante.
En 2013, un rapport de l’OCDE sur 23 pays avait établi qu’en moyenne la probabilité que les diplômés du supérieur fument est inférieure de 16 points de pourcentage par rapport aux personnes non diplômées du deuxième cycle du secondaire.
Réaction immédiate d’Yves Martinet (président du Comité national contre le Tabagisme), dans 20 minutes : « l’arme la plus dissuasive pour limiter la consommation de tabac, notamment chez les personnes les moins favorisées, reste une hausse importante des prix du tabac. «Une hausse des prix de 10% entraîne une baisse de la consommation moyenne de 4%, mais qui atteint 6% chez les jeunes et les classes sociales plus défavorisées ». Sans la moindre allusion au recours représenté par le marché parallèle et ses prix moins chers…
Quant à l’étude, elle conclut que l’augmentation des inégalités sociales de tabagisme, et plus globalement des inégalités de santé, « sont liées au maintien des causes sociales de ces inégalités de même qu’au profil de plus en plus défavorisé des moins diplômés ».
Il existe à travers le monde des initiatives qui aborde le problème sous cet angle, souligne également l’étude. Et de citer le programme anglais de prévention en milieu scolaire « A Stop Smoking in Schools Trial » (ASSIST).
Ce n’est pas la première fois que le milieu scolaire se présente comme un lieu prioritaire dans la lutte contre le tabagisme.




