Pour l’instant, la démarche d’AXA consistant à se désengager de l’industrie du tabac (voir Lmdt des 29 et 23 mai) n’a pas été suivie d’une vague d’annonces de la part de ses concurrents, constate un article des Echos de ce jeudi 2 juin. Pour la simple raison que – « image négative ou pas » – l’industrie du tabac présente des fondamentaux économiques attractifs pour la Bourse. À preuve, le secteur a progressé presque quatre fois plus vite en dix ans que l’indice S&P 500. Avis d’experts, au-delà des dangers reconnus du produit « tabac ».
• Pas comme le charbon : « Les investisseurs peuvent se poser la question des risques de procès liés au tabac. Cela reflète la même volonté que pour le charbon dans le sillage de la Cop 21, mais ce n’est pas le même sacrifice pour les investisseurs étant donné la performance boursière des valeurs de tabac », estime Catherine Garrigues chez Allianz GI. Depuis le début de l’année, l’indice S&P 500 Tobacco gagne 10,49 % (22,64 % sur un an), quand l’indice S&P 500 ne prend que 2,59 % pour ce qui est de 2016 (perdant même 0,70 % sur un an).
Une performance notable alors même que la consommation de cigarette n’a cessé de diminuer aux Etats-Unis (- 4 % en moyenne annuelle depuis 10 ans selon Barclays), notamment dans un contexte de montée en concurrence de la cigarette électronique, poursuit Les Echos. Sauf que les prix permettent la performance économique et que les industriels ont su trouver de nouveaux débouchés principalement dans les pays émergents, ce qui en fait, toujours selon Barclays « un secteur très attractif aux Etats-Unis ».
En Europe, l’indice MSCI Europe Tobacco distance largement l’Euro Stoxx 50.
• Grande consommation : « En dehors de toute considération sur la santé et le tabac, d’un simple point de vue économique, le tabac est représentatif du secteur de la consommation non cyclique », explique Yves Maillot de Natixis AM. « Il profite des évolutions régulières des dépenses des ménages. Lorsque la croissance ralentit dans les pays développés, les émergents prennent le relais, avec dans ces régions la montée en puissance d’une population qui s’enrichit. Le nombre de consommateurs augmente et cela profite à tous les secteurs de la consommation, dont le tabac ».
• Bonne visibilité : «Ce sont des secteurs qui ne dégagent pas forcément une forte croissance, mais elle est régulière et permet d’engranger des cash-flows importants », poursuit Yves Maillot. Et à court terme, pour les marchés financiers, « le contexte de taux extrêmement bas favorise les business model des entreprises bénéficiant d’une bonne visibilité ». Ce qui leur permet notamment de pratiquer une politique active de retour aux actionnaires, surtout aux Etats-Unis, comme le rappelle Catherine Garrigues : « les investisseurs sont attirés par les rendements de ces actions, qui sont de quasi obligations. Elles ont une croissance stable avec des retours aux actionnaires réguliers. C’est un thème qui marche bien en ce moment sur les marchés ».
• Consolidation à venir : Enfin, c’est un secteur qui pourrait bénéficier d’une vague de consolidation dans le monde. Car c’est un secteur qui bénéficie d’importantes barrières à l’entrée (de nouveaux arrivants / ndlr), du fait de la régulation, à l’instar des pays qui veulent promouvoir les paquets neutres. « Cela maintient le statu quo compétitif », souligne Barclays qui estime aussi que les « restrictions de publicités rendent plus difficiles la création de nouvelles marques ».
Des barrières à l’entrée du marché, des acteurs bien installés disposant d’une capacité à augmenter leurs tarifs et généreux avec les actionnaires ? L’idéal type de l’entreprise cotée en période d’aversion aux risques, même si Yves Maillot reconnaît que « la longue histoire boursière du tabac n’est pas immuable ».




