Autre temps, autre destin … Les manufactures de tabac, qui ont cessé leur activité industrielle, sont devenues d’autres lieux de vie. Nous vous en présentons des exemples, parmi les plus significatifs.
Que deviendra, à son tour, le magnifique site de Nantes/Carquefou dont on a annoncé la semaine dernière la fermeture (voir Lemondedutabac du 15 avril) et qui avait été construit , suite à la fermeture de l’ancienne manufacture du quartier de la gare de Nantes, en 1974 ?
En tout cas, on notera comment ces usines – pour la plupart restées solidement debout- sont parfaitement intégrées dans le patrimoine de villes dont elles ont contribué à l’histoire économique, industrielle et sociale.
• A Marseille, une friche d’expérimentation artistique
Construit en 1860 dans le nord de la ville, le site de la Belle de Mai ferme en 1990, après avoir produit une Gauloise sur cinq dans les années 1960, avec un millier de salariés. Dès 1992, elle est convertie en « espace d’expérimentation artistique »: la « Friche de la Belle de Mai ». Ce haut lieu de la création marseillaise offre sur 45.000 m² des espaces de travail créatif, des salles de spectacles, de concerts et d’exposition, mais aussi un skate park, des jardins, un « marché paysan », un restaurant, et même une crèche.
• A Lyon, une université
La manufacture du 8e arrondissement, fermée en 1987, a été rachetée par la ville qui souhaitait recentrer ses campus, installés à Villeurbanne et Bron. Y déménage donc, en 1993, une partie de l’université Jean Moulin/Lyon 3. La rénovation des lieux originaux, édifiés en 1932, s’est faite progressivement jusqu’en 2009. Avec la construction de nouveaux bâtiments dont la bibliothèque dans une cour intérieure. Près de 15.000 étudiants fréquentent l’endroit aujourd’hui.
• … Comme à Toulouse
Construite à la fin du 19ème siècle, près du centre et de la Garonne, la manufacture des tabacs fut la deuxième de France après Paris et le principal employeur de la ville avant l’arrivée de l’aéronautique. Elle donna lieu à une bataille acharnée pour sa sauvegarde, après sa dernière production en 1979 et sa fermeture définitive en 1987. Destinée à être rasée, sa toiture et ses façades finirent par être classées. Elle est désormais affectée à l’Université des sciences sociales et accueille la Toulouse School of Economics.
• A Nancy, un pôle culturel et universitaire
L’ancienne manufacture du centre-ville, fermée en 1981, accueille un théâtre/Centre dramatique national, un conservatoire, une école de cinéma et une école de commerce.
• A Bordeaux, des bureaux
L’usine Seita, qui fabriquait des cigares depuis 1945, fut vendue à un promoteur immobilier à sa désaffection, en 1987. C’est désormais l’espace Rodesse, qui accueille l’Union régionale des médecins libéraux, la Direction départementale de la Cohésion sociale de la Gironde et divers organismes de services. Des vestiges de la manufacture impériale, datée de 1811, il ne reste qu’une façade classée monument historique, en 1990, et désormais intégrée à un bâtiment moderne.
• A Lille, un village du vélo
Quand l’équipementier sportif Oxylane a pris possession, en 2008, de l’ancien site d’Altadis, l’odeur du tabac persistait parmi quelques machines restées sur place, trois ans après leur arrêt. L’usine avait employé jusqu’à 541 salariés en 2003, avant un plan social. Martine Aubry, maire de la Ville, s’était engagée à y maintenir une activité industrielle. Le projet de l’équipementier sportif Oxylane, qui souhaitait implanter sa marque de vélos B’Twin au pays du Paris-Roubaix, a rempli les conditions. L’immense site qui devrait bientôt dépasser le millier de salariés et dont la rénovation se poursuit, accueille le public avec un magasin, un espace de pratique, un centre de fitness, un espace restauration, des ateliers d’entretien et de réparation, mais aussi une usine d’assemblage de cycles.
• A Tonneins, mobil- homes et maisons en bois
La Seita y possédait trois sites – employant plus de 400 personnes – fermés en 2000. Deux ont été reconvertis, depuis un an, pour fabriquer des nacelles, des mobil-homes et des maisons en bois, avec environ 120 salariés. Le troisième, en centre-ville, n’a pas trouvé preneur.




