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30 Nov 2021 | Profession
 

Dans les pages Champs Libres / Opinion du Figaro, le journaliste Jean-Pierre Robin revient sur l’impact des prix du tabac sur les ménages les plus pauvres, relevé par une récente étude (voir 18 et 29 novembre). Extraits …

 « De toutes les politiques menées durant le quinquennat, la lutte contre le tabagisme a été l’une des plus ambitieuses. « Nous visons une génération sans tabac », rappelait encore récemment Emmanuel Macron. Dès le départ, l’objectif a été affiché, avec une rare franchise, de porter le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en moyenne, soit une hausse de moitié sur cinq ans. Pari tenu dès 2020 à la suite d’une dizaine de relèvements des taxes (…) 

Il faudrait s’interroger bien sûr sur l’efficacité de ces mesures dont le principe de base est la dissuasion par l’argent. Elles auraient conduit 1,5 million de gens à s’arrêter de fumer sur deux ans s’était félicitée Agnès Buzyn quand elle était ministre de la Santé. On se cantonnera à un aspect en apparence moins essentiel mais d’une portée qui dépasse la lutte contre le tabagisme. L’envolée des prix du tabac a-t-elle conduit à appauvrir encore un peu plus les plus démunis ?

•• Telle est la conclusion de l’Institut des Politiques publiques (IPP), un centre d’études universitaire indépendant lié à la Paris School of Economics. L’originalité de l’étude de l’IPP est d’analyser les revenus par centiles, la population française étant découpée en cent parties égales chacune de 670 000 personnes (enfants compris), des moins argentés aux plus riches.

On voit alors apparaître des particularités qui échappent lorsque les analyses (comme celle de Bercy publiée le mois dernier) se contentent de regrouper les gens par déciles (10 % de la population). L’IPP a ainsi observé que tous les centiles de revenus ont vu leur pouvoir d’achat progresser durant le quinquennat du fait des innombrables mesures fiscales et sociales (de la transformation de l’ISF en IFI au doublement de la prime d’activité). La seule exception concerne les cinq centiles du bas dont le pouvoir d’achat a reculé de 0,5 % en moyenne. Et la raison en est l’envolée du prix du tabac

•• Certains commentateurs ont cru bon de stigmatiser « ceux qui fument des clopes et roulent en diesel », selon l’expression méprisante de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement à l’hiver 2018 et aujourd’hui retiré de la vie politique. Or ce n’est pas le cas : les pauvres ne fument pas forcément plus et ils réagissent comme les autres aux hausses des prix. L’IPP a pris pour hypothèse que « l’élasticité de la demande au prix » est la même dans tous les milieux sociaux : la consommation diminue de 0,5 % lorsque le prix augmente de 1 %. 

La réalité est plus banale. Supporter une hausse de prix de 50 % est plus pénible quand on gagne 1 000 euros que 10 000 ; cela ampute en proportion bien plus considérable son revenu. Rappelons que le tabac représente en moyenne 2,4 % des dépenses totales des ménages français selon l’Insee, ce qui est énorme, et pour les plus démunis le budget tabac monte jusqu’à 8 % des dépenses voire plus.

•• L’exemple mis en exergue par l’IPP pose le problème des conséquences sociales de « la fiscalité comportementale », autrement dit de l’utilisation des impôts afin de modifier les comportements pour des raisons de santé ou d’écologie : moins d’alcool, de tabac, d’énergie fossile, etc. 

Le péché originel de cette forme de fiscalité est sa contradiction interne : elle atteindra son but de dissuasion d’autant mieux qu’elle rapportera moins … D’où les accusations d’hypocrisie de l’État bien content de redorer son blason en « taxant les vices ». 

L’autre travers des taxations punitives est de frapper outre mesure les plus démunis, les autres pouvant continuer de consommer à n’importe quel prix. D’où la difficulté sociale et politique à mettre en œuvre une taxation carbone. Les quatre tentatives en France depuis 2000 et sous quatre quinquennats différents se sont toutes traduites par des échecs cuisants ».