Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements liés directement ou indirectement au tabac
17 Juin 2024 | Trafic
 

Quatre hommes et une femme ont été condamnés ce 13 juin – à des peines de 18 mois demprisonnement avec sursis jusqu’à 30 mois ferme – par le tribunal correctionnel de Bobigny. Ce réseau de contrebande arrosait en bout de chaîne des Chinois de la capitale, en postant des petites annonces sur les réseaux sociaux communautaires. Récit du Parisien.

Dans les rues du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), un homme fonçant sur sa trottinette, le 11 avril 2023, s’approche d’un homme semblant attendre quelqu’un.  Il lui remet discrètement un sac plastique. Il ne le sait pas encore, mais depuis un mois, les enquêteurs du 2e District de Police judiciaire (DPJ) de Paris sont sur ses traces. Ils ont reçu plusieurs renseignements anonymes l’impliquant dans un vaste trafic de cigarettes.

•• Y. Z. est interpellé. Dans le sac plastique, il y a sept cartouches. Le client explique qu’il vient de les acheter 55 euros pièce, pour sa consommation personnelle. Il avait répondu à une petite annonce proposant des cigarettes, postée sur un site chinois. Chez Y. Z., plus de 1 100 cartouches de cigarettes de contrebande et de contrefaçon et 25 500 euros en liquide sont saisis.

En garde à vue, il se prête le rôle de « simple » revendeur, gagnant environ 1 000 euros par mois. Il fournit des renseignements opérationnels sur ses fournisseurs. Mais il se montre beaucoup moins prolixe, devant tribunal correctionnel de Bobigny, qui le juge aux côtés de quatre autres membres présumés de ce réseau de semi-grossistes en tabac de contrefaçon et de contrebande.

•• « Jachète et je dépanne des amis ou des voisins », minimise devant les magistrats de la 15ème chambre ce Chinois de 54 ans, en situation régulière sur le territoire français. Il ne reconnaît plus avoir travaillé avec H. Y., 46 ans, et Y. X., 42 ans, les deux associés qui gèrent le réseau.

Le premier, employé de restauration, organisait depuis Rouen (Seine-Maritime) les commandes et lapprovisionnement en cigarettes auprès dimportateurs, non identifiés. Des « Arabes » et des « Polonais », répond-il à l’avocate de Philip Morris France, qui s’est constitué partie civile.

Il dit avoir commencé en se fournissant en petites quantités auprès des premiers à la sortie du métro Pantin Quatre-Chemins, à Aubervilliers (voir 24 avril). Il a ensuite contacté d’autres fournisseurs « via Facebook », capables de fournir de plus gros volumes à des prix plus alléchants.

Le second, Y. X. gérait pour sa part depuis la région parisienne tout le volet logistique du trafic : réception des marchandises, recherche des lieux de stockage, distribution aux revendeurs, collecte de l’argent, collecte de colis postaux remplis de cigarettes de contrebande … Leur tabac était stocké à La Courneuve.

Plus de 3 500 cartouches de cigarettes ont été saisies. Les gains estimés du réseau : entre 315 000 et 472 500 euros mensuels.

•• La plus grosse cliente du réseau, J. Z. L., était une vendeuse hors pair. Elle a ventilé en quelques mois des centaines de cartouches de cigarettes auprès de la diaspora chinoise.

Les interceptions téléphoniques ont révélé un débit de marchandises à hauteur de 2 000 à 3 000 euros quotidiens, pour cette habitante de La Courneuve au casier judiciaire vierge.« Je ne sais pas que c’était illégal », jure cette employée de restauration de 56 ans, en trench bleu et jean clair.

•• Les prévenus ont été condamnés à des peines de 18 mois d’emprisonnement avec sursis à 30 mois ferme. La peine la plus lourde a été réservée à H. Y.  Deux ans ferme pour son associé et leur plus grosse cliente.

Des amendes douanières de 10 000 à 30 000 euros ont également été prononcées. Des peines plus lourdes que celles requises par le Procureur, qui avait réclamé de 12 mois avec sursis à deux ans ferme. Le tribunal a retenu la qualification d’importation en bande organisée.