Le propre d’une rumeur, c’est qu’elle est insidieuse : anecdotique au départ, puis se répandant et prenant force sans que l’on ne sache plus d’où elle vient. De quel rumeur s’agit-il ? Les buralistes « auraient » négocié avec le Gouvernement la stabilité de la fiscalité tabac (voir Lmdt des 5 et 6 décembre) contre leur accord pour le paquet neutre auquel tient tant Marisol Touraine (voir Lmdt du 12 décembre).
On rappellera que dans le discours de la Confédération, rien ne laisse place à ce genre d’interprétation : dans tous ces messages, cette dernière insiste bien sur le fait qu’elle continue plus que jamais le combat contre le paquet neutre, après avoir terminé « la première mi-temps avec un point d’avance » (voir Lmdt du 15 décembre). De même, les buralistes ont toujours manifesté et multiplié actions « coup de poing » et manifs en mettant sur le même plan le problème des prix et la menace du paquet générique (voir Lmdt des 6, 7, 10 et 11 décembre, par exemple).
Alors, d’où vient la rumeur ? A bien chercher, tout vient d’un article paru dans Les Échos du lundi 8 décembre où l’on peut lire : « un proche du dossier reconnaît un deal entre l’adoption du paquet neutre, auquel les buralistes et l’industrie du tabac ne sont pas favorables, et l’engagement de l’Etat de ne pas lever de nouvelle taxe ».
Deux remarques. La première pour noter que « buralistes et industrie du tabac » sont, en fait, associés dans ce deal supposé.
La seconde porte sur le signataire de cet article : Mathieu Gallet, le PDG de Radio France (photo) … En effet, ce 8 décembre, Les Échos avaient confié la rédaction de son édition à un certain nombre de personnalités du monde économique (comme tous les ans, à pareille époque). Et l’épineux sujet tabac a échu au sémillant nouveau patron de notre radio publique. Ce qui nous dit rien, pour autant, sur « le proche du dossier qui reconnaît » ce toujours supposé deal. A moins qu’il ne s’agisse que d’une figure de style. Ou de l’intoxication d’un(e) journaliste anti-tabac de Radio-France.
Car s’il avait voulu en avoir le cœur net, Mathieu Gallet aurait très bien pu contacter directement « un proche » de la Confédération des buralistes. Cette Confédération avec laquelle il a déjà eu des contacts, pour avoir suivi de près – à l’époque où il était conseiller au Ministère de la Culture – les problèmes de diffusion de la presse.
Tout cela, pour une rumeur.




