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campagnes-de-prevention-2Dans « Le Cercle » du site des echos.fr de ce vendredi 1er avril, Romain Haller – contrôleur des impôts – ne partage pas « l’optimisme » de Marisol Touraine et de Michèle Delaunay quant à l’impact d’une augmentation « forte et significative » du prix du tabac pour faire baisser la prévalence tabagique. En France notamment, compte tenu de caractéristiques bien particulières. Extraits.

• « À y regarder de plus près, le paquet à 10 euros semble plutôt tenir de la fausse bonne idée. Les promoteurs de la mesure se fondent en effet sur la diminution du nombre de paquets achetés dans le circuit officiel, c’est-à-dire chez les buralistes légaux et ne tiennent pas compte des cigarettes achetées en France hors du réseau légal, soit plus d’une cigarette sur quatre d’après une étude KPMG.

« La corrélation entre augmentation du prix et baisse de la consommation cacherait en fait une autre   réalité : celle du lien de causalité entre cigarettes plus chères et augmentation du marché noir. Ainsi, les recettes fiscales qui découlent de la vente de cigarettes – taxé à 80,3 % – disparaîtraient au profit du marché parallèle. Un manque à gagner sévère pour le Trésor français puisqu’il s’élèverait à 2,4 milliards d’euros. À noter que la France est déjà championne d’Europe de la contrebande et de la contrefaçon, avec 8,9 milliards d’unités illégales consommées en 2014.

• « Promoteurs ou détracteurs de la mesure se tournent systématiquement vers l’exemple de l’Australie, premier pays au monde à avoir instauré le paquet neutre. Les comparaisons sont pourtant hasardeuses puisque la France a une caractéristique bien différente de celle de l’Australie : elle fait partie d’un continent intégré économiquement au sein de l’Union européenne qui n’accepte pas d’entraves à la libre circulation des biens et des personnes. Or, aucune politique harmonisée n’existe entre les vingt-huit, chaque pays décidant librement de sa réglementation en matière de tabac et pratiquant les prix qu’il souhaite.

« Côté prix du tabac, la France fait déjà figure d’exception parmi ses voisins. En Belgique, par exemple, le paquet de cigarettes coûte 5,20 euros, 4,20 en Espagne, et à Andorre, champion du paquet bon marché, il descend jusqu’à 2,50 euros, soit quatre fois moins qu’un paquet français si l’augmentation était votée. La politique de cavalier seul de la France ferait en priorité pâtir les commerces frontaliers, dont la clientèle se reporterait inexorablement vers les marchés voisins. Cette situation difficilement tenable menacerait des milliers d’emplois et entraînerait des coûts sociaux supplémentaires pour l’État.

• « Quel bilan tirer du paquet à 10 euros ? Criminalité en hausse, consommation de tabac inchangée, et pour l’État, plus de coûts et moins de recettes. Il faut donc relativiser l’enthousiasme autour de cette mesure. Ni le paquet neutre ni le paquet à 10 euros ne résoudront le problème de l’addiction au tabac. La seule mesure qui n’a pas encore été tentée reste celle de la prévention.

« Une option que les professionnels eux-mêmes encouragent. Pour Bernard Gasq, président de la chambre syndicale des buralistes de Paris et sa couronne, « il faut qu’ils fassent de la prévention dans les écoles, pour que les jeunes n’y aillent pas. Regardez sur la route, ils ont réussi à faire baisser le nombre de morts, mais ils n’ont pas taxé les autos ». Une comparaison hasardeuse au premier abord qui donne pourtant à réfléchir ».