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25 Juil 2017 | Profession
 

Directeur des Affaires publiques, juridiques et de la Communication de British American Tobacco France, Éric Sensi-Minautier a publié, dans Les Échos de ce 25 juillet, une tribune critiquant les orientations de la politique anti-tabac, telles qu’elles sont déterminées en France depuis un certain temps. Sous le titre : « Choc de prix sur les cigarettes : un choix contre-productif ».

Nous reproduisons cette tribune intégralement.

« Depuis quinze ans, la lutte contre le tabagisme repose sur la même méthode : stigmatisation du fumeur et discours moralisateur engendrant toujours le même triptyque perdant : restrictions, interdictions, taxation. Doublement du prix, messages sanitaires, photos chocs, paquet neutre, interdiction des capsules et des marques attractives… Et pourtant, aucun effet sur la consommation.

La baisse des ventes de cigarettes constatée depuis 2002 ne correspond pas à une baisse de la consommation. Les ventes de tabac à rouler ont doublé, le marché parallèle a explosé et le pourcentage de fumeurs quotidiens était de 28,7 % en France en 2016 selon le dernier Baromètre Santé, au-dessus des 27 % mesurés en 2005.

•• Il est temps de sortir de l’idéologie : bien que la France affiche les prix du tabac parmi les plus élevés d’Europe, d’autres pays ont obtenu de meilleurs résultats avec moins de taxes ! En Allemagne, le paquet coûte autour de 5,5 euros contre 7 euros en France, il n’y a pas de paquet neutre, mais le taux de fumeurs est de 20 %. Les faits sont têtus.

Ces politiques n’ont pas réduit la consommation, mais ne sont pas sans conséquences négatives. La France a créé le plus grand marché parallèle d’Europe en encourageant les fumeurs à voir ailleurs : tabac à rouler, marché noir, achats à la frontière et sur Internet … Désormais, 12,3 % des cigarettes consommées en France sont issues des pays frontaliers, 14,8 % de la contrebande ; plus d’un quart des cigarettes ne paient donc pas de taxes en France. Les trafics ont explosé, alimentant délinquance et financement de groupes criminels organisés.

•• Sur l’ensemble des mesures prévues par le Programme national de réduction du tabagisme, une seule n’a pas été mise en place : le plan de lutte contre les trafics. Le marché noir coûte pourtant 2,4 milliards d’euros chaque année à l’État.

Ce que la France a réussi, c’est à affaiblir le premier réseau de commerces de proximité de France, pourtant garant d’une vente encadrée. 10 000 buralistes perdus en 10 ans. Cette profession est maintenant sous perfusion d’aides publiques : 3,4 milliards d’euros dépensés entre 2004 et 2015 par l’État pour compenser ses erreurs et sauver les buralistes.

•• La France collecte plus de 14 milliards d’euros chaque année avec le tabac, le double de l’investissement prévu pour les JO 2024 à Paris. L’introduction d’un paquet à 10 euros induirait des pertes massives de recettes : un euro d’augmentation du prix du paquet de cigarettes par an, ce sont 2,7 milliards d’euros de pertes sur trois ans pour l’État, dont 800 millions d’euros dès 2018, dans le contexte budgétaire que l’on connaît. D’autres pays ont tenté l’expérience et s’en sont mordu les doigts. Le choc fiscal imposé à la Grèce à partir de 2010 a été un échec : 400 millions d’euros de recettes perdues entre 2011 et 2013 et augmentation du marché parallèle de 11 % à 23 % sur la même période.

Idem en Allemagne où, suite aux fortes hausses des prix au début des années 2000, le gouvernement a perçu 12 milliards d’euros de moins que ce qui avait été budgété entre 2002 et 2006. Pragmatiques, les autorités allemandes introduisirent fin 2010 un modèle fiscal sur 5 ans avec des augmentations de taxes graduelles visant à sécuriser les revenus de l’État. Dès 2011, l’État allemand avait récolté 1 milliard d’euros de plus que prévu.

•• Avant d’envisager toute nouvelle hausse, pourquoi ne pas enclencher une harmonisation européenne des prix du tabac ? Pourquoi ne pas mettre en place un véritable plan de lutte contre les trafics ? Pourquoi ne pas instaurer un cadre fiscal pluriannuel basé sur des augmentations de taxes modérées et régulières donnant de la visibilité à l’ensemble de la filière, dont l’État ?

•• Ailleurs, des solutions existent. Pourquoi ne pas s’inspirer des modèles efficaces, comme en Allemagne, basés sur une approche préventive et éducationnelle à base de programmes ciblés ? Au Royaume-Uni, la promotion du vapotage a permis une rapide et nette baisse de la prévalence tabagique. Pourquoi ne pas encourager les fumeurs à basculer sur de nouveaux produits à moindre nocivité ? Il est regrettable que la France ait jusqu’à présent fait le choix inverse en refusant de promouvoir cette alternative alors que de plus en plus d’études démontrent que le vapotage est un véritable outil d’aide à l’arrêt du tabac.

Espérons que le gouvernement soit en marche vers une politique de santé publique neuve et efficace. Il est temps de changer de logiciel ».