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23 Nov 2021 | Trafic
 

Le tabac à chicha est aussi très présent dans l’économie souterraine et la Nièvre n’y échappe pas (voir 7 avril et 7 janvier). Consommateurs, revendeurs et trafiquants, tous semblent y trouver leur compte à l’exception des buralistes qui font grise mine. Reportage du Journal du Centre.

« On ne vend plus rien sur la chicha . Du charbon peut-être. Nos clients ont disparu depuis le Covid », rapporte un buraliste à Nevers. Un autre déplore les trois pauvres cartouches qui traînent dans sa boutique : « elles n’ont pas bougé depuis longtemps. S’il y a du trafic, seul l’État en est responsable. D’une, il ne contrôle pas et de deux, la politique de taxe à outrance n’a fait qu’amplifier le phénomène ».

Le syndicat des buralistes d’Ile-de-France estimait « que 95 % de la consommation de chicha ne passait pas par le réseau légal ». La Nièvre ne semble pas être épargnée par cette tendance. Si la fédération locale peine à avoir des éléments chiffrés, elle reste consciente de la présence d’un trafic sans pour autant pouvoir en déterminer son origine.

•• Le quotidien régional a donc fait un tour sur les réseaux sociaux. Tik Tok et Snapchat sont les premiers mis en cause. Quelques individus, plus ou moins discrets,  proposent à la vente du tabac à chicha sans prendre la peine de dissimuler un minimum leurs activités. Musiques entraînantes, spots publicitaires et livraisons annoncées en temps-record, tout est bon pour vendre.

Contact pris auprès d’un grossiste/passeur, ce dernier explique que « le tabac vient d’Allemagne. Il est à venir chercher sur place dans un quartier neversois ou en livraison à domicile ». Il n’hésite pas à partager des photos et vidéos de ses dernières arrivées affichant des prix défiant toute concurrence par rapport au circuit légal. Pour un kilo, comptez environ 250 euros chez votre buraliste. Sur ces plateformes, 70 euros et rarement plus.

•• Un plus petit revendeur, explique facilement comment fonctionne ce trafic. « En Allemagne, les grossistes achètent au kilo et passent les frontières sans problème. Ils doivent avoir des relations avec les douaniers. C’est trop facile », rapporte-t-il avant d’ajouter sans complexe : « ensuite, tout va vers Paris, et ça passe par un marché, un peu comme Rungis, mais de la contrebande. On trouve de tout. C’est là-bas qu’on achète avant de tout ramener dans la Nièvre. »

Le revendeur, pense pouvoir aisément vivre de ce trafic : « tout le monde passe par là. J’en vends aussi à des mineurs. Un billet, c’est un billet. » En revanche, il s’inquiète de l’avenir de la filière. D’ici le premier juillet 2022, le conditionnement du tabac au kilo sera interdit en Allemagne. « ils ont aussi interdit le goût « menthe », c’est le plus populaire. »

•• Concernant les bars à chicha, ces derniers restent vagues sur leurs pratiques. L’un d’entre eux indique acheter exclusivement du tabac sans nicotine : « certes, il vient d’Outre-Rhin, mais c’est légal. Pour le tabac avec de la nicotine, nous devons tenir un cahier et être capable de le présenter lors d’un contrôle. »

La législation impose à ces établissements de se fournir dans les bureaux de tabac du coin. Mais les quantités fumées dans les bars à chicha et celles achetées par la voie légale semblent ne pas faire le compte. « Je connais ceux qui doivent acheter chez moi normalement. Mais leurs passages sont rares et les quantités, faibles. On fait plus du dépannage qu’autre chose, je pense. On aide malgré nous à déguiser leurs cahiers … » se désole un autre buraliste.