Afin d’enrayer la rechute des candidats au sevrage tabagique (deux tiers des fumeurs volontaires), le service de psychiatrie du professeur Christophe Lançon, à l’hôpital de la Conception à Marseille (AP-HM), teste depuis dix-huit mois une méthode inédite de « sevrage assisté par la réalité virtuelle ».
Munis de lunettes 3D, les candidats sont plongés dans des situations de sollicitation plus vraies que nature : une pause cigarette au bureau, un café en terrasse, une soirée festive … L’univers reconstitué est celui des jeux vidéo peuplé d’avatars paramétrables. « La thérapie cognito-comportementale prépare le patient à gérer les situations qui activent le circuit de récompense, responsable des bouffées de manque, mettant la volonté à l’épreuve », a explique aux Échos le Docteur Éric Malbos, spécialiste du traitement en réalité virtuelle à l’origine de cette solution et qui coordonne cet essai.
« Nous les aidons à accepter ces pics émotionnels et à trouver le moyen d’y faire face, par exemple en se concentrant sur d’autres plaisirs », poursuit-il. « Quand nous les jugeons prêts, nous les plongeons dans des situations de réalité virtuelle pour mettre leur apprentissage en pratique ».
La thérapie s’échelonne sur trois mois, à raison d’une séance hebdomadaire de 45 minutes. Sur 31 fumeurs testés, la moitié n’a pas rechuté, contre 44 % de ceux ayant fait appel à la cigarette électronique et moins de 20 % parmi les utilisateurs de patchs.
L’arrivée prochaine des casques de réalité virtuelle bon marché devrait permettre d’améliorer encore ce score, en permettant aux candidats de s’entraîner chez eux.
Éric Malbos travaille avec LookAtMyGame, une jeune société varoise d’édition de contenus vidéo, pour commercialiser de nouveaux environnements virtuels. Les phobiques sont aussi dans le collimateur, car le marché est loin d’être symbolique : 28 % des Français fument régulièrement et 10 % ont des troubles anxieux.




