Les six premières boules de l’histoire du Loto ont été tirées, il y a quarante ans, le 19 mai 1976, et son inventeur ne pourra pas souffler les bougies de l’institution nationale qui séduit aujourd’hui 17,4 millions de joueurs (voir Lmdt du 13 janvier). Quelques anecdotes à retenir.
• Le flop du premier tirage. Un millier de privilégiés étaient invités au Théâtre de l’Empire, ce 19 mai 1976, et seul un tiers a répondu présent. Ni le ministre des Finances, ni son Secrétaire d’Etat n’ont fait le déplacement. Des badauds, surtout des retraités flânant sur les Champs-Elysées, sont appelés à la rescousse pour garnir les rangs de fauteuils désertés.
• La méfiance des premiers mois. Seulement 73 680 bulletins ont été validés pour cette première. On ne peut tenter sa chance qu’en région parisienne auprès d’un petit millier de points dont les gérants fulminent : car leurs clients ne comprennent rien aux règles, habitués aux « tranches » de tickets de la Loterie nationale. Et même si le pactole atteint des sommes inégalées pour l’époque, l’engouement ne vient pas. Le hasard faisant mal les choses, les trois premiers mois, on ne compte aucun gagnant à six numéros.
En septembre 1976, un joueur décroche la timbale et raconte sa nouvelle vie de millionnaire dans les journaux à grand tirage. Le Loto compte soudain 250 000 adeptes, puis un million le mois d’après, puis 7 millions pour son premier anniversaire. Les détaillants se sont déployés progressivement en province et tout l’hexagone est couvert à l’été 1977. Le 11 janvier 1978, le tirage du Loto s’invite chez les Français, diffusé en direct sur la première chaîne de télévision.
•• Des très riches gagnants aux rêves modestes. Le temps des dérapages incontrôlés – où, durant les années 80 et 90, on voyait des couples se retrouver sur la paille après avoir brûlé leur magot – est révolu. Quand on observe ceux et celles ayant déjà empoché le pactole, c’est une certaine retenue dans leur comportement : un maxi-gain mais des mini-dépenses, avec la préoccupation de ne surtout pas changer leur mode de vie. Depuis les années 2000, les gagnants investissent sur le long terme, dans la pierre notamment, avec le souci de mettre plusieurs générations à l’abri du besoin, compare-t-on à la Française des Jeux, qui depuis douze ans accompagne ses clients … lesquels tiennent à leur anonymat. Un journaliste du Parisien, Vincent Montgaillard, consacre un livre au destin de 49 veinards (comme le nombre de boules d’un Loto) « Les Millionnaires du Loto ».
•• Poisse. Comme cet ouvrier du Doubs qui, en 2006, s’est cru millionnaire pendant une heure … alors que TF1 avait justement commis la grossière bévue de diffuser le tirage d’un samedi précédent.




