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2 Mar 2017 | Observatoire
 

Bernard Morvan, le président de la Fédération nationale de l’Habillement (FNH), est aux premières loges pour constater le taux de vacances des locaux commerciaux dans les villes moyennes françaises (voir Lmdt du 28 octobre 2016) : 90 % des 40 000 commerces qu’il représente sont situés dans les centres-villes. Lui-même commerçant à Montereau, ville de Seine- et-Marne particulièrement touchée, il a fait de la lutte contre la désertification – l’un de ses thèmes privilégiés – demandant même un « plan Marshall ». Sans succès, comme il l’a rappellé dans L’Opinion.

• « Je me fais lanceur d’alerte depuis plusieurs années », explique-t-il, « mais je ne vois aucune prise de conscience (…) Moins de commerce, c’est moins de lumière, moins de passage. La sécurité se dégrade dans les centres-villes qui se transforment en ghettos ». Avec des conséquences sur le plan électoral …

• Les raisons de cette désertification sont multiples. Bien sûr, le développement des centres commerciaux en périphérie a affecté le commerce en centre-ville. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt, pour Éric Plat, président de la Fédération du Commerce Associé (FCA) : « les centres commerciaux ne sont pas la raison de la désaffection, mais le signe que les commerces de centre-ville ne répondent pas aux attentes. Ces zones sont efficaces, mais pour l’achat plaisir, les centres-villes n’ont pas perdu leur valeur. Les consommateurs n’ont pas, dans l’absolu, de préférence pour l’un ou l’autre. Il faut simplement leur donner le choix et la possibilité de s’y rendre ». Le président de la FCA pointe du doigt les maires des petites villes qui « ont souvent une approche « patrimoniale » des centres, incompatible avec une réelle activité économique (…) Par exemple, le maire de La Roche-sur-Yon (Vendée) a cru bien faire en créant une zone d’animation au centre… Mais cela s’est retourné contre le commerce local, car il n’a pensé ni aux parkings ni aux transports ».

• Pour la FCA comme pour la FNH, les villes et les associations de commerçants n’auraient pas pris en compte les nouvelles nécessités. En n’adaptant pas leurs horaires d’ouverture. Ou en ratant le virage de la modernité. « Les centres-villes ne sont pas équipés en wifi. Cela revient tout simplement à négliger les attentes désormais élémentaires des clients », résume Éric Plat.

Enfin, « les élus n’identifient pas les signes avant-coureurs, comme le changement de nature des commerces dans une rue », poursuit-il, « quand s’implantent des agences bancaires, des cabinets d’assurances, des agences immobilières, c’est mauvais signe. Cela veut dire que l’attractivité et les loyers baissent. Ces commerces ne veulent pas capter du trafic mais simplement avoir pignon sur rue : la majorité de leur activité à lieu désormais en ligne ».

• « Les élus ne savent pas quel est le poids économique de leur centre-ville, la richesse produite. Partant de là, il est difficile de faire des arbitrages », déplore Bernard Morvan. Il plaide pour la création d’observatoires locaux, qui produiraient des indicateurs de densité économique, identifieraient les besoins et évalueraient les effets des décisions : « plutôt que de comptabiliser les « dents creuses », on peut les remplacer judicieusement par un artisan, un service manquant, qui créerait une cohérence, une raison de venir ». Par exemple, des discussions sont en cours dans la région des Hauts-de-France pour mettre en place des expériences pilotes.